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	<title>Afcinema</title>
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	<description>Association Fran&#231;aise des directeurs de la photographie
Cin&#233;matographique</description>
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		<title>&quot;L'Animalit&#233;&quot; - A propos de &quot;Flandres&quot;, un film de Bruno Dumont </title>
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		<dc:date>2006-09-30T23:25:02Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Caroline Champetier, Yves Cape</dc:creator>

<category domain="http://afcinema.com/-Remue-meninges-.html">Remue-m&#233;ninges</category>

		<dc:subject>Cape, AFC</dc:subject>
		<dc:subject>Champetier, AFC</dc:subject>
		<dc:subject>158</dc:subject>

		<description>Que notre ami Charlie Van Damme se rassure, et nous aussi avec lui, la rubrique &lt;i&gt;remue-m&#233;ninges&lt;/i&gt; n'a pas sombr&#233; enti&#232;rement dans le domaine de l'oubli, nous l'avons de nouveau rencontr&#233;e. Ou, plus exactement, Caroline Champetier nous permet qu'elle r&#233;apparaisse dans ces pages, nous ayant fait parvenir le texte que vous lirez en annexe. Jean-Ren&#233; Duveau, son auteur, y &#233;voque pour nous les r&#233;flexions que lui inspire le cin&#233;ma de Bruno Dumont, apr&#232;s avoir vu son film &lt;i&gt;Flandres&lt;/i&gt;. Il y expose sa repr&#233;sentation personnelle du &quot; r&#233;el &quot; au cin&#233;ma et revient sur la photographie d'Yves Cape.

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&lt;a href="http://afcinema.com/-Remue-meninges-.html" rel="directory"&gt;Remue-m&#233;ninges&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://afcinema.com/+-Cape-AFC-+.html" rel="tag"&gt;Cape, AFC&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="http://afcinema.com/+-158-+.html" rel="tag"&gt;158&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;C'est pendant le festival de Cannes. A la radio, un critique du &lt;i&gt;Figaro&lt;/i&gt;, discute avec Antoine de Baecque, &#224; propos du dernier film de Bruno Dumont. La discussion tourne court. Pour ce critique, &lt;i&gt;Flandres&lt;/i&gt;, ce n'est s&#251;rement pas du cin&#233;ma. De Baecque, lui, d&#233;fendait le travail cin&#233;matographique de Bruno Dumont.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Depuis j'ai vu le film, et je sens bien maintenant, &#224; travers les propos &#233;chang&#233;s, tout ce que moi-m&#234;me, apr&#232;s la projection, ne pouvait m'emp&#234;cher de penser, avec quelque incertitude, et comme ce critique, peut-&#234;tre, ressentir &#224; quel point les films de cet auteur en viendraient &#224; s'&#233;riger en un syst&#232;me clos, referm&#233; sur lui-m&#234;me. C'est dire que, le propos du film et sa forme, peuvent facilement amener une position morale sur : ce que c'est qu'un homme et sur ce que &#231;a doit &#234;tre, sur ce que c'est le cin&#233;ma ou comment il faudrait qu'il soit pour m&#233;riter ce nom. Pourtant ce nom, cin&#233;ma, ne renvoie &#224; rien d'autre que : mouvement, d&#233;placement, &#233;criture, transport. Ce qu'est le cin&#233;ma, ce qu'est la litt&#233;rature, la peinture, ce qu'est le saucisson d'Auvergne, ce qu'est la couleur verte... A quoi bon. Nous n'en sortirions jamais. R&#233;flexions...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quelques mois plus tard, dans un article des r&#233;cents &lt;i&gt;Cahiers du Cin&#233;ma&lt;/i&gt;, une r&#233;ponse de Bruno Dumont &#224; un journaliste, &#224; propos de la conception des sc&#232;nes de guerre :
&#171; La t&#233;l&#233;vision constitue le r&#233;el, le cin&#233;ma peut s'abstenir de le r&#233;p&#233;ter &#187;...
&lt;br /&gt;Cette phrase-l&#224; s'est mise &#224; tourner en boucle... J'ai toujours pens&#233; que la t&#233;l&#233;vision avait depuis longtemps choisi le camp de l'imaginaire : car ce n'est pas &#224; filmer une r&#233;alit&#233; devant une cam&#233;ra, que pour autant, du r&#233;el s'enregistre. C'est peut-&#234;tre oublier l&#224;, deux choses : la cam&#233;ra et son &#339;il borgne d'un c&#244;t&#233; de l'image, et le spectateur dans son aveuglement face au r&#233;el, de l'autre c&#244;t&#233; de cette m&#234;me image. L&#224; o&#249; l'imaginaire peut s'entamer puis se rompre, le r&#233;el lui n'a ni d&#233;but ni fin : complexe, a-dimensionnel, infini, c'est dire un r&#233;el &#224; jamais impossible &#224; saisir, et &#171; qui ne cesse pas de ne pas s'&#233;crire &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pourtant le cin&#233;ma reste dou&#233; d'une possibilit&#233; d'&#233;criture dont le monde t&#233;l&#233;visuel lui, a fait le choix de ne plus s'encombrer : A l'heure o&#249; ses flux sont tels qu'ils imposent de ne plus avoir &#224; se poser de questions existentielles, la production qui en ressort, ce n'est pas une nouveaut&#233; de le dire, est le jus press&#233;, compress&#233; d'un formatage, c'est-&#224;-dire une mise en forme, mise en un moule, o&#249; la matrice est d&#233;j&#224; une image en soi, image en creux, dans laquelle se coule et se p&#233;trifie la p&#226;te &#224; prendre du r&#233;el. Ce que constitue la t&#233;l&#233;vision donc n'est que la reprise incessante de notre imaginaire, car c'est l&#224; que les gains sont le plus &#224; en attendre. Qui pourrait attester que les reportages les plus crus de nos actualit&#233;s quotidiennes puissent ainsi cr&#233;er un sentiment d'&#233;tranget&#233; : c'est pourtant l&#224; que le r&#233;el se r&#233;v&#232;le au grand jour. A l'oppos&#233;, c'est &#224; l'appel du sentiment, du ressentiment, du d&#233;j&#224; vu, connu, entendu que la cam&#233;ra et les machines de montage semblent lancer des t&#234;tes chercheuses, &#224; l'adresse d'un imaginaire de plus en plus collectif. Ce n'est pas nouveau : catastrophes, bonheurs familiaux, la dure r&#233;alit&#233; du monde, la jouissance imm&#233;diate, la vie des animaux, la compl&#233;tude du gain, et le sentiment d'appartenance &#224; une communaut&#233;, soit, se reconna&#238;tre &#224; tout prix dans une image satisfaisante. Non, la t&#233;l&#233;vision n'est pas une fen&#234;tre sur le monde, mais un miroir, de moins en moins d&#233;formant.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#199;a tournait donc en boucle parce que &lt;i&gt;Flandres&lt;/i&gt; justement, se situe &#224; une place singuli&#232;re, d&#233;centr&#233;e de l'&#233;criture usuelle, pour convoquer &#224; nouveau le r&#233;el, dans son sentiment d'&#233;tranget&#233;. Sans en rejoindre le style ni la port&#233;e litt&#233;raire, Dumont &#224; bien des &#233;gards &#233;voque une approche &quot; durassienne &quot; de la r&#233;alit&#233;. En contrepoint de cette assertion, je repense &#224; ce reportage sur l'attentat du 11 Septembre. Deux fr&#232;res y filment tout, en temps r&#233;el, en poussi&#232;re r&#233;elle, en secousses r&#233;elles... Ces deux-l&#224; se perdent puis se retrouvent dans une r&#233;alit&#233; qui se disperse &#224; nouveau dans la poussi&#232;re des images. &lt;br /&gt;Le cin&#233;ma de Bruno Dumont a cette faveur, d'en arriver &#224; une ma&#238;trise assez rare, sinon absente des &#233;crans, de nous restituer cette apparence du r&#233;el, dans ses effets, dans ce choc frontal qui fait que le regard sans cesse se d&#233;tourne, souhaite quitter l'&#233;cran, g&#234;ne, embarrasse. Comment s'accoutumer du r&#233;el, dans sa complexit&#233;, dans son extravagance, dans sa duret&#233; ? Si dans le discours actuel, l'on admet assez rapidement que &#171; les temps sont durs &#187;, (mais pourquoi seraient-ils plus durs qu'avant ?), c'est peut-&#234;tre justement que l'imaginaire, au galop, a pris toute la place laiss&#233;e vacante, diffus&#233;e &#224; l'&#339;il du spectateur, au porte monnaie du consommateur, sans qu'aucun sens, ne puisse v&#233;ritablement s'en d&#233;gager. Ce qui est sans aucun doute beaucoup plus dur qu'avant, c'est bien cette impossibilit&#233; d'y trouver du sens. Flandres restera pour longtemps aux antipodes de &quot; nos &quot; pr&#233;occupations d'aujourd'hui.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Depuis cette projection saisissante, ces retours de critiques, j'ai inscrit ce film &#224; mon histoire personnelle du cin&#233;ma. Plus pr&#233;cis&#233;ment, lui et un autre, &lt;i&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt; du m&#234;me Bruno Dumont, car les deux films se renvoient l'un &#224; l'autre, et je vais tenter de pr&#233;ciser maintenant, si c'est dans un mouvement de compl&#233;tude, d'opposition, d'inversion, ou de dispersion.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Flandres, &#233;voque une part d'&quot; animalit&#233; &quot;, sans que cela ne puisse s'opposer au titre de son film pr&#233;c&#233;dent. Ce n'est pas un contraire, un n&#233;gatif, c'est manifestement au d&#233;part, la m&#234;me chose, l'humanit&#233;, l'animalit&#233;. Il y a dans ce film un avant et un apr&#232;s, dont l'entre deux, ce moment de guerre (homme, animal ?) n'est qu'un passage, et pas n'importe lequel.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Anne regardait le film &#224; c&#244;t&#233; de moi. Elle en &#233;tait sortie d&#233;prim&#233;e, abasourdie. Le film est dur, violent, et sans spectacle. &lt;br /&gt;&lt;i&gt;Flandres&lt;/i&gt;, c'est avant &lt;i&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt;, c'est avant que &#231;a puisse commencer &#224; parler. C'est de la pr&#233;-histoire. C'&#233;tait d&#233;j&#224; dans l'histoire du cin&#233;ma, &#231;a, qu'au d&#233;part, on ne puisse pas parler. Pour r&#233;pondre &#224; ce critique du &lt;i&gt;Figaro&lt;/i&gt;, il faudrait pourvoir lui rappeler que l'image fondamentale de cet art de l'&#233;criture en mouvement, cette image primitive fut longtemps admise comme &#233;tant celle d'un train arrivant en gare de La Ciotat. Ce n'est pas rien, ce qui s'&#233;tait pass&#233; ce soir-l&#224;. Il y a eu un mouvement de panique dans la salle du Grand Caf&#233;, et ce n'&#233;tait pas un film d'horreur. Ce fut une frayeur : les gens, en courant, ont quitt&#233; la salle. Le cin&#233;ma commence comme cela et fonde la position du spectateur dans un socle : ainsi nous ne quitterions jamais cette place, cette position d'avoir &#224; &#234;tre ef-fray&#233;s, se frayer un passage, ou quelque chose comme &#231;a, qui vous donne ce sentiment que &#231;a va vous rentrer dedans : ce choc du r&#233;el.
&lt;br /&gt;Cependant il y a l&#224; une erreur fondamentale. Cette histoire de train est un mythe. Il n'a jamais &#233;t&#233; projet&#233; &#224; la premi&#232;re s&#233;ance du Grand caf&#233;, et les spectateurs n'en sont jamais sortis en courant. Ce n'est pas si vieux et pourtant, on avait d&#233;j&#224; invent&#233; &#231;a : Mais il nous fallait un mythe, et donner un sens &#224; ce qui pour la premi&#232;re fois, s'offrait au regard comme une effraction, une intrusion, un sentiment d'&#233;trange.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est ce que produit &lt;i&gt;Flandres&lt;/i&gt;. Un fermier &quot; sa &quot; femme, pour partir vers une guerre improbable.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On peut l'observer, ce fermier dans un plan qui nous en apprend davantage, que dix pages de sc&#233;nario. Il sort de chez lui, il y a l&#224; quelques animaux. On a plut&#244;t l'impression d'ailleurs que ce sont eux, les animaux, qui s'occupent de la ferme. Il croise un autre gar&#231;on derri&#232;re un baraquement. C'est int&#233;ressant cette id&#233;e de la guerre, car ce n'est pas qu'un artifice : la guerre, on ne la fait qu'&#224; ceux qu'on ne conna&#238;t pas. Pourquoi irait-il la faire alors, &#224; cet autre gar&#231;on qui baise sans plus d'all&#233;gresse, la m&#234;me jeune fille ? &#199;a n'est pas un type moderne ce fermier, un urbain, il ne s'adonne pas &#224; des pratiques &#233;changistes, il ne se jouit pas sp&#233;cialement d'une ma&#238;trise. Non. Ils sont pareils tous les deux, ils sont semblables, ils ne peuvent se faire la guerre, ou pas comme &#231;a. D'ailleurs il lui sourit, et la guerre, ils vont la faire ensemble, contre d'autres, des &#233;trangers soi-disant, des vrais, car c'est le fantasme qu'ils en ont. C'est mieux. Voil&#224;. D'ailleurs, dans ces m&#234;mes &lt;i&gt;Cahiers du cin&#233;ma&lt;/i&gt; , le journaliste imagine lui-m&#234;me (comme quoi, ce besoin d'imaginer, d'en dire toujours un peu plus sur l'histoire racont&#233;e, d'en supposer quelque chose), il imagine que le fermier est jaloux, il imagine que le fermier est amoureux... Sur quels indices ? Il &#233;voque le regard... Il donne fantasme au regard, et non pas sens...
&lt;br /&gt;Le plan ne s'arr&#234;te pas l&#224;. Le fermier prend une pelle quand l'autre est parti, et il remue quelques tuiles pos&#233;es en vrac dans la cour ; il les remue comme on soul&#232;ve de la dentelle. Il y met tellement d'application ! Il y met tellement plus de pr&#233;caution que s'il s'agissait de &quot; soulever &quot; une fille !... Puis il s'arr&#234;te, il verra &#231;a demain, apr&#232;s la guerre. Voil&#224; un plan. Un r&#233;alisateur, un directeur photo, et d'autres bien s&#251;r... Tous derri&#232;re et lui devant. On sent bien dans ce plan toute la rigueur susceptible de nous faire saisir, entre les images, une vision.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tout le film fonctionne ainsi sur les trois registres qui, dans leur intrication, font l'homme, et non l'animal. Plut&#244;t, quand il est animal, avant de devenir homme : le r&#233;el, l'imaginaire, le symbolique. Ce n'est pas l'entre-deux de la guerre qui fait l'homme, c'est l'exp&#233;rience d'une perte, et de la culpabilit&#233; qui prend la place. Elle appara&#238;t au travers de cette femme qui a &#233;t&#233; viol&#233;e. Elle punit ses agresseurs, en condamnant leur compagnon innocent. Dans Flandres, la coh&#233;rence est interne. Elle ne souffre d'aucune comparaison &#224; une autre forme, &#224; un autre film. L'histoire est, partout, dans l'encha&#238;nement des plans, des s&#233;quences, dans la photo, dans le son. Qu'on y prenne n'importe quoi, et on y trouve quelque chose. On pourrait parler ainsi du p&#232;re de la fille, et ne parler que de lui. On pourrait parler d'elle, de sa folie qui, un jour, lui revient du dehors, alors qu'elle &#233;tait d&#233;j&#224; l&#224;, dans sa profonde solitude, dans son manque d'amour. &#199;a lui revient du dehors, cette m&#232;re d&#233;j&#224; folle, du dehors c'est : cet enfant qui grouille dans son ventre... Sa copine pense : on va dire d'elle que c'est une pute, &#224; se taper comme &#231;a, tous les mecs du village. Mais elle manque d'amour... Est-ce que &#231;a en fait pour autant une pute ? Car ici, rien ne s'&#233;change. Rien ne s'ach&#232;te, car rien dans l'apparence des &#234;tres, des animaux, de l'architecture, du paysage ne semble avoir plus de valeur qu'autre chose. C'est ainsi que le traitement photographique d'Yves Cape restitue admirablement ce sentiment &#233;trange, d'un glissement toujours possible d'un plan vers un autre plan, sans que ni l'un ni l'autre ne puissent v&#233;ritablement en prendre &quot; le dessus &quot;. Il n'y a pas de g&#233;n&#233;rosit&#233;, il n'y a pas d'amour du prochain. Car partout &#231;a manque d'amour, alors &#231;a cherche, &#224; droite, &#224; gauche, dans tous les bords du cadre que Bruno Dumont fige &#224; chaque fois, pour mieux s'y arr&#234;ter. &#199;a rentre dans les maisons, mais &#231;a n'y fait rien. &#199;a cherche. Le m&#233;decin lui-m&#234;me n'y comprend rien. Si ce n'est : oui, &#171; c'est comme sa m&#232;re, votre fille devient folle elle aussi &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais elle manque d'amour. Les Anglais disent &#171; I miss you &#187;. Ils inversent par rapport &#224; nous, le sujet et l'objet sans que l'on puisse savoir r&#233;ellement, &#224; chaque fois, comme dans chaque histoire d'amour, qui est le sujet, et qui est l'objet. Elle manque. Point. Et Bruno Dumont, lui, ne rate rien, ne perd rien de cette fille qui n'arrive pas &#224; perdre son sang. Elle est enceinte ? D'ailleurs, la sexualit&#233;, dans ce film, qu'est ce que c'est ? L'homme bute la femme, dans le trou de la terre. A quelle place met-il cette femme ? A quelle place se met-il lui-m&#234;me, sinon d'un rapport impossible ? Voil&#224;, une confusion r&#233;elle, pas seulement des sentiments, mais de ce que c'est, qu'&#234;tre un homme ou &#234;tre une femme. C'est pas si facile que &#231;a, visiblement, dans les films de Bruno Dumont. (Moins facile que ce que nous enseignent aujourd'hui, &#224; coups de forfaits, les op&#233;rateurs t&#233;l&#233;phoniques, les cha&#238;nes de t&#233;l&#233;vision, les &quot; cr&#233;atifs &quot; des bo&#238;tes de pub). Et tout l'art de son film est bien de nous poser, toujours entre les images, et avec une continuit&#233; dialogu&#233;e qui ne tient qu'en peu de pages, cette seule question. Qu'est ce que c'est ? Entre l'animalit&#233;, et l'humanit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans les films de Bruno Dumont, la photographie produit de l'effet au lieu d'en &#234;tre. Je reviens &#224; cette histoire de train. Pour provoquer cette &quot; frayeur mythique &quot;, il a quand m&#234;me fallu mettre la cam&#233;ra &#224; la bonne place, de face, l&#224; o&#249; le mouvement s'annule, au profit d'une valeur de plan, de plus en plus forte dans l'image. Le train grossit. Dumont nous impose un rapport frontal &#224; l'image. Dans un face &#224; face parfois difficilement soutenable, il semble que le r&#233;alisateur cherche &#224; prolonger l'exp&#233;rience du tournage, (les acteurs ne ma&#238;trisent rien de ce qui leur arrive) jusque dans la salle de cin&#233;ma : le spectateur lui, est toujours dans une position vacillante : y &#234;tre, ne pas y &#234;tre - y croire, ne pas y croire - aimer, ne pas aimer...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est un outil formidable pour &#231;a, le cin&#233;ma. Bruno Dumont se saisit de l'outil, pas d'une histoire, pour faire un film. Il a vu, il a entendu quelque chose. Il ne le raconte pas, il le filme. Bruno Dumont n'est pas un raconteur d'histoires. Qu&#8216;est ce que &#231;a raconterait &lt;i&gt;Flandres&lt;/i&gt; ? Deux &quot; petits hommes schr&#233;b&#233;riens &quot; sont partis &#224; la guerre. Une femme qu'ils se partagent, entre temps, est tomb&#233;e enceinte. Et l'un n'a rien fait pour que l'autre, le p&#232;re, en sorte vivant. Mais finalement elle ne lui en veut pas, et ils s'aiment. C'est ridicule. Ce n'est pas &#231;a. Le cin&#233;ma de Bruno Dumont tourne sur lui-m&#234;me, se tient lui-m&#234;me, sans rien d'autre qui puisse le soutenir. Ce n'est pas la question d'un style ou d'un genre. C'est une question : est-ce que &#231;a va nous tomber dessus, nous &#233;craser ? C'est sans aucun doute, dans l'appartenance &#224; une lign&#233;e, bressonienne peut-&#234;tre. C'est donc la question de ce qui le pr&#233;occupe avant tout, et qui est susceptible de nous int&#233;resser nous aussi. Il n'y a pas l&#224;, si c'est affaire de morale, de vis&#233;e commerciale. C'est susceptible de nous int&#233;resser, mais ce n'est pas s&#251;r. D'ailleurs, les avis sont partag&#233;s. L&#224; o&#249; les films de Ken Loach ou de Michael Moore ne peuvent que produire de l'unanimit&#233;, Flandres trace une ligne de partage qui semble se situer &#224; un point controvers&#233; des vis&#233;es du cin&#233;ma contemporain : L&#224; o&#249; l'on nous montre enfin que l'humanitaire, &#231;a n'est pas du tout l'humanit&#233;. C'est un contenant, dans lequel on voudrait y faire entrer toute l'humanit&#233;. Au m&#234;me titre que le documentaire est le contenant de tout ce que l'on pourrait y mettre, de document&#233;.
&lt;br /&gt;Chez Ken Loach, on peut plus facilement parler de style ou de genre... C'est diff&#233;rent, l&#224;, car la coh&#233;rence est externe : la forme du film est une figure ferm&#233;e, close sur elle-m&#234;me, elle est soutenue d'un discours tr&#232;s coh&#233;rent mais d'une coh&#233;rence qui laisse finalement peu de place &#224; une subjectivit&#233; : c'est comme &#231;a. L'homme doit &#234;tre &#231;a, le cin&#233;ma, c'est &#231;a... Avec Bruno Dumont, la rigueur du filmage est pouss&#233;e au plus loin, mais le discours qui s'en d&#233;gage est beaucoup moins tranch&#233;, autre indice qui indique au fil des s&#233;quences, le saisissement qui nous lie &#224; l'&#233;mergence du r&#233;el.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je reviens &#224; la photo. Cette question de la coh&#233;rence interne, ce sur quoi, je m'int&#233;resse au travail des directeurs photo, leur apport, leur patience, leur effacement quand d'un coup, on leur demande de se taire. Taire la photographie, taire la photo belle, ou laide, car on peut aussi rencontrer une photo d&#233;grad&#233;e, forc&#233;e, qui nuit tout autant &#224; l'int&#233;r&#234;t du film. Question r&#233;currente, souvent d&#233;battue dans les cercles professionnels, et dans celui du public. La chose, sans aucun doute, n'est pas toujours facile &#224; d&#233;cider. Cela indique cette fragilit&#233; dans la recherche d'un &#233;quilibre et d'une justesse photographique. L&#224; encore, Bruno Dumont/Yves Cape, ne nous laissent pas le choix. Il y a d'autres photos, d'autres genres et d'autres styles, qui sont tels, et ce sont les plus r&#233;currents, que la photo s'harmonise et se fond dans tous les acad&#233;mismes. Savoir photographier, apr&#232;s tout, c'est bien ce que l'on demande aux directeurs photo. Et la plupart le font avec beaucoup de talent. La chose est plus rare quand un film emporte avec lui sa photographie et ne la laisse &#224; personne d'autre, m&#234;me pas peut-&#234;tre &#224; son directeur de la photographie. La photo de &lt;i&gt;Flandres&lt;/i&gt; est sign&#233;e, par Yves Cape bien s&#251;r, mais j'entends par l&#224; qu'elle est marqu&#233;e d'un autre : le film lui-m&#234;me, son transport, allez, j'ose, dans un rapport hypnotique peut-&#234;tre. La photo d'Yves Cape s'adresse &#224; une entit&#233; propre : la coh&#233;rence interne du film en est le garant, et la vis&#233;e. L&#224;, les acteurs peuvent &#234;tre d&#233;terminants. Cape est tout autant guid&#233; par eux, par ce fermier improbable et cette jeune femme qui n'a rien d'une nymphomane. Il ne s'agit pas de leurs visages d'acteurs, mais bien des personnages qui s'incarnent peu &#224; peu sous une lumi&#232;re immat&#233;rielle : de face, toujours de face, qui est la lumi&#232;re de l'arr&#234;t, l'image de la mort&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les choix de Cape corroborent ceux de Bruno Dumont. &#199;a fait couple. &#199;a tient, du d&#233;but &#224; la fin. Je ne m'int&#233;resse pas beaucoup ici au symbolisme des couleurs, car j'y entends finalement peu de choses. J'y cherche davantage, dans la r&#233;currence des plans, des cadres, et des points de vue, et le r&#244;le liant de la lumi&#232;re, ce qui de tout cela nous restitue du r&#233;el. Il existe un article tr&#232;s int&#233;ressant de Caroline Champetier sur cette question , &#224; propos de la nudit&#233; au Cin&#233;ma. C'est &#171; &#233;clairant &#187; ce qu'elle &#233;voque, de cette lumi&#232;re qui peut voiler la r&#233;alit&#233;. Il faut voir comment dans le film de Bruno Dumont, qu'elle soit d'hiver ou de printemps, comment cette lumi&#232;re est une absence : tout prend corps pour que tout s'arr&#234;te, &#224; chaque fois, sur chaque plan. Aucune possibilit&#233; d'y &#233;chapper. Pas d'ombre, parfois de la p&#233;nombre mais une lumi&#232;re toujours cadr&#233;e, encadr&#233;e, contenue. Ainsi, pour en proposer un exemple, la s&#233;quence o&#249; les quatre se retrouvent &#224; br&#251;ler des branches d'arbre, en buvant de la bi&#232;re. L&#224; o&#249; beaucoup auraient pu vouloir accentuer l'&#233;clat du feu, Yves Cape &#171; choisit &#187; de contenir les visages dans une lumi&#232;re cr&#233;pusculaire. Seul le traitement des sc&#232;nes de guerre, partage le film, tant par le choix du support, que par le traitement d'une dominante de couleur diff&#233;rente. Rien pourtant ne nous ram&#232;ne &#224; autre chose, un autre film, un paysage d&#233;j&#224; vu. Nous restons dedans, pendant toute la dur&#233;e de la projection, nous y sommes coll&#233;s. Bruno Dumont filme la mati&#232;re, une ecchymose sur un bras, un collet pos&#233;, des branches d'arbre, un sexe f&#233;minin vite voil&#233;, alors qu'un sexe masculin plus loin est mutil&#233;, il filme cela en des entit&#233;s de plans, qui se renvoient d'un bout &#224; l'autre du film, dans cette m&#234;me coh&#233;rence, un principe de parit&#233;, de plans qui fonctionnent &#224; deux, pas forc&#233;ment coll&#233;s l'un apr&#232;s l'autre, deux visions subjectives sur le ciel, deux int&#233;rieurs de maison de la fille, deux paysages lointains... etc. Sans aucun didactisme. L&#224; s'engage l'id&#233;e d'une structure, d'une cha&#238;ne de signes/plans se renvoyant de l'un &#224; l'autre, et qui fondent un langage cin&#233;matographique. Peu de m&#233;taphores par le montage, peu de recours &#224; des correspondances m&#233;tonymiques : ce langage est sec, cru, arythmique, &#224; l'image de la psychologie des personnages. Ce point n&#233;cessiterait un d&#233;veloppement &#224; lui seul.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'imaginaire, lui, se ram&#232;ne &#224; peu de choses. A ces gens-l&#224;, on a racont&#233; peu d'histoires, et la vie s'&#233;coule ainsi, d'un r&#233;el qui leur fait peu d'effet : ils passent &#224; c&#244;t&#233;, ne l'envisagent pas, sont dedans eux aussi. Prendre une femme, c'est donc fendre la terre avec un engin. C'est faire un trou dedans. Il faut que &#231;a soit droit, que &#231;a aille vite. Gros plan sur les lames de la charrue. Entre hommes, &#231;a imagine un peu plus. Le collectif, ou d'&#234;tre au moins deux, &#231;a introduit le fantasme, et fonde l'image : la guerre &#231;a va &#234;tre &#231;a, on va faire &#231;a... On va &#234;tre des hommes. Un homme, pour eux, c'est comme &#231;a. Tout fonctionne ainsi sur ce registre aride, ass&#233;ch&#233;. Le fermier improbable n'imagine rien de ce que peut ressentir la femme, et pour elle, c'est pareil. Cela ne veut pas dire qu'ils ne ressentent rien. Mais de s'imaginer l'autre leur est d'embl&#233;e impossible, car l'autre n'est qu'une image prise dans le r&#233;el, ins&#233;r&#233;e dedans, fondue et prise comme telle, la jeune fille, dans un cadre, toujours le m&#234;me, toujours au m&#234;me endroit, toujours au m&#234;me moment de la journ&#233;e. Le cadre, c'est Bruno Dumont qui le cr&#233;e pour raconter &#231;a. Et du cadre justement, il ne nous laisse aucune possibilit&#233; d'imaginer autre chose. C'est le plus souvent fixe, mais surtout, &#231;a n'entre pas et &#231;a n'en sort jamais, ou tr&#232;s rarement. Plut&#244;t &#231;a s'&#233;loigne, les personnages s'&#233;loignent dans le champ de la cam&#233;ra, dans les champs des Flandres. Pas d'en-dehors possible, c'est dire peu de moyens d'imaginer autre chose. L'art de Bruno Dumont, c'est de nous mettre &#224; la m&#234;me place que ses acteurs et ses personnages, sans aucune possibilit&#233; d'y &#233;chapper. Nous sommes dans le r&#233;el de la salle, hypnotis&#233;s par les visages film&#233;s en gros plan, leur regard d&#233;centr&#233;, la blancheur de la peau de cette jeune fille... Les visages en ressortent, iconographi&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Enfin, vers la fin du film, quelque chose appara&#238;t. Il est rentr&#233; seul de la guerre. La jeune fille &#171; devenue &#187; un peu folle et sa copine le regardent. Elles h&#233;sitent, puis la copine se d&#233;cide alors &#224; aller voir le gar&#231;on. &lt;br /&gt;C'est l&#224; que, peut-&#234;tre, l'Humanit&#233; commence, sur un tas de bois. C'est l&#224; que quelqu'un, pour la premi&#232;re fois, demande &#224; ce qu'on lui raconte une histoire, aussi cruelle soit-elle. C'est de la mort dont il sera question, celle du compagnon, innocent mais ch&#226;ti&#233;, castr&#233; pour expier dans un raffinement ultime de la vengeance, la premi&#232;re faute du fermier : celle d'avoir viol&#233; une femme pendant sa petite guerre. La jeune fille, la folle, qui ne sera jamais comme sa m&#232;re, car elle est toujours fille, s'emporte dans une crise de folie : ce qui tout d'un coup lui devient insupportable, que l'on commence ainsi &#224; se raconter des histoires, et qu'une humanit&#233; est peut-&#234;tre ainsi en train de na&#238;tre, elle qui n'a pas voulu l'enfant, et pourtant &#231;a va na&#238;tre, et rien ne sera plus comme avant... Il va falloir apprendre &#224; parler. Ils sont allong&#233;s l'un sur l'autre. Parce qu'il se r&#233;sout &#224; avouer, elle lui pardonne sa deuxi&#232;me faute : celle d'avoir abandonn&#233; dans sa propre fuite, son compagnon de guerre et de sexe. Ils r&#233;-inventent alors dans leur solitude, la possibilit&#233; d'une r&#233;demption. Ils commencent &#224; nous/se faire croire &#224; quelque chose. C'est la seule fois dans le film que &#171; Dieu &#187;, ou un ordre semblable, semble &#233;voqu&#233;. Ils se d&#233;clarent leur amour, l'amour du prochain quand Adam est le fermier et Eve fait la folle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ainsi se termine le film. A ce que l'on peut y voir comme une fin plus rassurante, se devine quand m&#234;me tout ce qu'il reste d'Humanit&#233; &#224; parcourir. En ce sens, &#171; l'Humanit&#233; &#187; de Bruno Dumont semble faire suite, &#224; celui-l&#224;. Et la frayeur sera d'un tout autre ordre...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Remue-m&#233;ninges</title>
		<link>http://afcinema.com/Remue-meninges,663.html</link>
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		<dc:date>2005-03-31T23:25:02Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Charlie Van Damme</dc:creator>

<category domain="http://afcinema.com/-Remue-meninges-.html">Remue-m&#233;ninges</category>

		<dc:subject>142</dc:subject>
		<dc:subject>Van Damme, AFC</dc:subject>

		<description>La rubrique &lt;i&gt;remue-m&#233;ninges&lt;/i&gt; commence &#224; prendre consistance et &#224; voler de ses propres ailes.
&lt;br /&gt;Trois textes viennent ce mois-ci l'enrichir. L'un d'entre eux m&#233;rite un mea culpa.
&lt;br /&gt;Le mois dernier, Charlie Van Damme avait pris la peine de r&#233;diger une &lt;i&gt;NDLR&lt;/i&gt; pour nous permettre, en rappelant quelques informations basiques, de mieux dig&#233;rer le &lt;i&gt;Repas de tournage&lt;/i&gt; de Diane Baratier et de comprendre l'origine des gargouillis &#233;mis par certains projecteurs. Cette note devait prendre place dans ladite rubrique, mais cela n'a pas &#233;t&#233; fait, par omission. Aucune excuse, si ce n'est une l&#233;g&#232;re surchauffe neuronale due &#224; la pr&#233;paration du Micro Salon...

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Oubli qui a permis &#224; Marc Galerne de prendre imm&#233;diatement la balle au bond et de donner une version toute personnelle d'une r&#233;action, attendue, aux &quot; propos informels &quot; tenus par Diane et ses comp&#232;res de tournage, inventant un dialogue improbable mais savoureux entre Le Micro et Le Joker, deux fort courtois coll&#232;gues de travail.
&lt;br /&gt;Pour commencer cette rubrique, Francine L&#233;vy, ma&#238;tre de conf&#233;rence Arts Plastiques et Sciences de L'Art &#224; l'ENS Louis-Lumi&#232;re, r&#233;pondant &#224; Charlie Van Damme et &#224; son &lt;i&gt;Ethique du masque&lt;/i&gt; (Lettre n&#176; 139), nous livre ses r&#233;flexions sur la notion de v&#233;rit&#233; de l'image et sur ses liens avec &#171; la conscience que l'on a de l'&#233;poque et de l'espace dans lequel on vit &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lire&lt;/strong&gt; sous la rubrique &lt;i&gt;remue-m&#233;ninges&lt;/i&gt; de la Lettre de ce mois-ci :
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://afcinema.com/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-cebf5.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; &lt;strong&gt;Au premier si&#232;cle&lt;/strong&gt;, &lt;i&gt;par Francine L&#233;vy&lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://afcinema.com/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-cebf5.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; &lt;strong&gt;Mais pourquoi &#231;a fait du bruit ?&lt;/strong&gt;, &lt;i&gt;par Charlie Van Damme&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Au premier si&#232;cle</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		

<category domain="http://afcinema.com/-Remue-meninges-.html">Remue-m&#233;ninges</category>

		<dc:subject>142</dc:subject>

		<description>Au premier si&#232;cle, Pline l'ancien, prenant sa plume pour &#233;crire ce qui sera la premi&#232;re histoire de l'Art de notre &#232;re, notait avec quelque amertume que les images n'&#233;taient plus ce qu'elles avaient &#233;t&#233;, et que celles qu'on voyait maintenant &#233;taient beaucoup moins &quot; ressemblantes &quot;. Quelles &#233;taient ces images si ressemblantes qu'il semblait regretter ?

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Au premier si&#232;cle, Pline l'ancien, prenant sa plume pour &#233;crire ce qui sera la premi&#232;re histoire de l'Art de notre &#232;re, notait avec quelque amertume que les images n'&#233;taient plus ce qu'elles avaient &#233;t&#233;, et que celles qu'on voyait maintenant &#233;taient beaucoup moins &quot; ressemblantes &quot;. Quelles &#233;taient ces images si ressemblantes qu'il semblait regretter ? Ces &quot; imago &quot; que l'on a traduit &quot; image &quot; &#233;taient, en fait, des masques mortuaires, moul&#233;s directement sur le visage des d&#233;funts. Ces &quot; imago &quot; &#233;taient des preuves d'identit&#233; que devaient conserver la famille et la lign&#233;e. Elles &#233;taient ce qui &#233;tait &quot; le plus ressemblant &quot; au visage du disparu, &#224; son identit&#233;. Elles avaient d'ailleurs une valeur juridique notamment en ce qui concernait la propri&#233;t&#233; des biens.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Lorsque Pline se plaint que les images ont perdu leur ressemblance, il regrette que l'Art des sculpteurs et des dessinateurs ait progressivement remplac&#233; le moulage. Car, ce faisant, embellissant et id&#233;alisant leurs &quot; mod&#232;les &quot; autant que ceux-ci le souhaitait, &quot; l'imago &quot; perdait pour toujours sa v&#233;rit&#233; : celle d'&#234;tre, au plus juste, sans concession, sans trahison, l'exacte &quot; image &quot; mat&#233;rialis&#233;e du vivant. Copi&#233;e mais interpr&#233;t&#233;e, elle perdait sa valeur d'authentique, et par cons&#233;quent sa valeur de preuve de l'existence de tel ou tel individu. L'embellissement &#233;tait la cause de la dissemblance. La recherche de la perfection de la beaut&#233; &#233;tait la mort annonc&#233;e de l'imago.
&lt;br /&gt;Ainsi, le beau a &quot; perverti &quot; le vrai jusqu'&#224; la Renaissance. La guerre aux images a &#233;t&#233; longue et souvent dramatiquement violente : l'iconoclastie a dur&#233; deux si&#232;cles et a fait r&#233;gresser les connaissances des hommes d'autant. Mais au XVIe si&#232;cle, sous la plume de Vasari, se raconte une nouvelle histoire de l'art qui met la beaut&#233; en perspective, d&#233;clarant qu'elle est la seule v&#233;rit&#233; de l'Art. Art et beaut&#233; deviennent synonymes. Au m&#234;me moment, Alberti et Brunelleschi mettent au point une m&#233;thode de projection graphique de l'espace en perspective qui allait r&#233;volutionner toutes les images. La mise en perspective de la vision, et sa repr&#233;sentation &quot; ressemblante &quot;, allaient ouvrir loin l'horizon de la pens&#233;e et de la science. Le concept d'infini allait permettre de d&#233;ployer les hypoth&#232;ses scientifiques et philosophiques les plus avanc&#233;es. Gr&#226;ce au point de fuite, surtout, les images se multiplient : de plus en plus ressemblantes, apparemment de plus en plus &quot; vraies &quot;, les images sont &quot; vraisemblantes &quot;. Elles imitent, simulent, racontent, exaltent, du beau et du presque vrai.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Enfin, la photographie arrive, comme un prolongement naturel de cet effort de quatre si&#232;cle : du beau, du ressemblant et... du vrai ! En effet, la photographie est une empreinte lumineuse r&#233;v&#233;l&#233;e. Trois termes qui poss&#232;dent chacun une forte composante sp&#233;culative. Et, en tr&#232;s peu de temps, la photographie, en tant qu'empreinte, est r&#233;investie du statut de preuve que les &quot; imago &quot; avaient perdu. La photo d'identit&#233; en est l'exemple le plus flagrant : la photographie devient la seule image vraie ! Que dire alors du cin&#233;ma ? comme dans un slogan connu : Le cin&#233;ma, c'est la vie !
&lt;br /&gt;On voit bien que la notion de v&#233;rit&#233; de l'image a consid&#233;rablement &#233;volu&#233;, mais on voit aussi qu'elle est toujours intimement li&#233;e &#224; la conscience que l'on a de l'&#233;poque et de l'espace dans lequel on vit. La v&#233;rit&#233; de l'image est toujours li&#233;e &#224; ce que l'on peut &lt;strong&gt;reconna&#238;tre&lt;/strong&gt; : il y a peu de chances que les Papous eussent pu &#234;tre effray&#233;s par &lt;i&gt;Le Train entrant en gare de La Ciotat&lt;/i&gt;, non pas parce qu'ils ne connaissaient pas le cin&#233;ma, mais surtout parce qu'ils ne connaissaient pas les trains.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il n'y a rien dans un &quot; &lt;i&gt;reality show&lt;/i&gt; &quot; qui soit plus ou moins vrai que dans un film de fiction. La diff&#233;rence est peut-&#234;tre, au fond, que l'image d'un film de fiction est une image qui tend vers le beau (quelle que soit la valeur de beau qu'on esp&#232;re) et que l'image d'un &quot; &lt;i&gt;reality show&lt;/i&gt; &quot; ou d'une quelconque &#233;mission de t&#233;l&#233;-r&#233;alit&#233; n'a aucune aspiration &#224; la beaut&#233;. &lt;br /&gt;La question est-elle &#233;thique ? &lt;br /&gt;Charlie Van Damme plaide pour une hygi&#232;ne du masque : la transposition visuelle, par simulation, travestissement, jeu, maquillage, en bref par m&#233;taphore, permettrait une meilleure intelligence du discours. Pour lui, la beaut&#233; est la perspective de l'Art, et il est, en cela, un homme des lumi&#232;res. Les tenants des &quot; &lt;i&gt;r&#233;ality shows&lt;/i&gt; &quot; n'ont que faire de la Renaissance. Les acteurs et les spectateurs des &quot; &lt;i&gt;reality shows&lt;/i&gt; &quot; n'ont que faire de la beaut&#233;. Les amateurs des &quot; &lt;i&gt;reality shows&lt;/i&gt; &quot; se d&#233;lectent d'une r&#233;alit&#233; qu'ils reconnaissent comme &#233;tant la leur, ou plut&#244;t celle de leur voisin : discours pauvre, image grossi&#232;re et b&#226;cl&#233;e, situations brutales et vulgaires. Les images sont reconnues comme vraies, parce qu'elles sont &quot; identifi&#233;es &quot;. La simplicit&#233; (pour ne pas dire l'unicit&#233;) du message n'exige aucun artifice pour &#234;tre compris, il s'agit juste d'&#234;tre &quot; reconnu &quot;. Le vrai se venge du beau !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La question n'est pas &#233;thique. Non, elle est esth&#233;tique. Le cin&#233;ma est contamin&#233; par l'esth&#233;tique t&#233;l&#233;visuelle. &#201;videmment ! Car il en va des Arts comme des Etats : la domination &#233;conomique ne tarde pas &#224; devenir une colonisation artistique, la domination id&#233;ologique ne tarde pas &#224; r&#233;&#233;crire la loi. Apr&#232;s le r&#233;alisme et le n&#233;o-r&#233;alisme, quelle est donc cette nouvelle id&#233;ologie ? Le v&#233;risme ? L'id&#233;ologie de la v&#233;rit&#233; r&#233;v&#233;l&#233;e ?
&lt;br /&gt;Le contre-exemple pourrait &#234;tre la terreur qu'ont inspir&#233;e au monde les images de la d&#233;capitation de Daniel Pearl, et apr&#232;s lui, toutes celles des ex&#233;cutions d'otages. Le &quot; sans fard &quot;, le &quot; sans masque &quot; est justement cette sorte de menace, mais n'existe et ne fonctionne qu'en tant que menace. Parce que la seule image &quot; sans masque et sans fard &quot; est pr&#233;cis&#233;ment une empreinte mortuaire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'id&#233;ologie que v&#233;hiculent les images des &quot; &lt;i&gt;reality shows&lt;/i&gt; &quot;, mais surtout le discours qui les accompagne voudraient nous faire croire que l'horreur, la b&#234;tise, l'obsc&#233;nit&#233; sont &quot; vraies &quot; (preuve d'images &#224; l'appui), et nous ressemblent. Ne serait-ce pas pour nous faire peur et mieux nous faire convaincre que nous serons &quot; sauv&#233;s &quot; un jour, par un discours &quot; vrai &quot; ? &lt;br /&gt;Le capitalisme lib&#233;ral, dans l'exercice du pouvoir, fonctionne comme n'importe quel autre syst&#232;me politique autoritaire : par la peur. Mais, dans son cas, la peur n'est pas collective (le mot d'ailleurs n'existe pas), elle est individuelle, personnelle, cibl&#233;e. Elle doit donc adopter des formes qui s'adaptent &#224; chacun de nous, ce qui, mis en perspective, donne une multitude de formes &#224; inventer. Autant aller les chercher directement dans la (vraie) vie. &lt;br /&gt;Nous ne sommes peut-&#234;tre qu'au premier si&#232;cle d'une nouvelle &#232;re ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Mais pourquoi &#231;a fait du bruit ?</title>
		<link>http://afcinema.com/Mais-pourquoi-ca-fait-du-bruit.html</link>
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		<dc:date>2005-03-31T23:25:02Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Charlie Van Damme</dc:creator>

<category domain="http://afcinema.com/-Remue-meninges-.html">Remue-m&#233;ninges</category>

		<dc:subject>142</dc:subject>
		<dc:subject>Van Damme, AFC</dc:subject>

		<description>Commen&#231;ons par ce qu'il y a de pire : les gradateurs ou jeux d'orgue.
&lt;br /&gt;Un filament tungst&#232;ne et bobin&#233; sur lui-m&#234;me, un peu comme un ressort. Une sorte de self donc (mais sans entrefer, heureusement) qui par d&#233;finition s'oppose au variations de tension . Aliment&#233; en courant alternatif &#224; la tension nominale, c'est miracle qu'on n'entende rien.

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Commen&#231;ons par ce qu'il y a de pire : les gradateurs ou jeux d'orgue.
&lt;br /&gt;Un filament tungst&#232;ne et bobin&#233; sur lui-m&#234;me, un peu comme un ressort. Une sorte de self donc (mais sans entrefer, heureusement) qui par d&#233;finition s'oppose au variations de tension . Aliment&#233; en courant alternatif &#224; la tension nominale, c'est miracle qu'on n'entende rien. D&#232;s qu'on alimente le filament avec un courant issu d'un gradateur, et pourvu que le curseur soit &#224; une autre valeur que 100 %, ce n'est plus un joli courant sinuso&#239;dal tout en rondeur qui alimente la lampe, mais un courant hachur&#233;, avec de brusques variations instantan&#233;es allant de rien &#224; X %. Un peu comme ce qu'on appelle en acoustique un transitoire ou une attaque.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le principe m&#234;me d'un gradateur est de supprimer d'une mani&#232;re abrupte une partie plus ou moins importante de la sinuso&#239;de. Le filament fonctionne alors comme un r&#233;sonateur, comme une corde de guitare. C'est un ph&#233;nom&#232;ne &#233;lectrom&#233;canique imparable, &#224; moins d'utiliser des jeux d'orgue fonctionnant en courant continu. Mais &#231;a, pour les puissances que nous utilisons, &#231;a n'existe pas. Le pire est atteint &#224; 50 %, lorsque le filament encaisse une variation instantan&#233;e de z&#233;ro &#224; 100 %. L'effort m&#233;canique est tel que certains filaments bobin&#233;s tout en longueur cassent rapidement. La seule chose qu'on puisse faire est de s&#233;lectionner une marque de lampe dont le filament est tr&#232;s ramass&#233; sur lui-m&#234;me, ou r&#234;ver de gradateurs fonctionnant en haute fr&#233;quence. Mais peut-&#234;tre que les filaments se mettront &#224; chanter autour de cette haute fr&#233;quence... (voir plus bas, les ballasts &#233;lectroniques haute fr&#233;quence pour HMI).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce n'est pas tout. Il faut aussi compter avec le bruit que fait le projecteur &#224; l'allumage et &#224; l'extinction : tic, tic, tic, tic... &#199;a, c'est lors des changements de lumi&#232;res. Cette fois encore, le bruit est plus ou moins prononc&#233; selon le type ou la marque. D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, les bons vieux Cremer en ferraille de jadis font moins de bruit que les projos tout l&#233;gers et en alu que nous utilisons aujourd'hui.
&lt;br /&gt;C'est fini ? Non ! M&#234;me un projecteur &#233;teint peut faire du bruit. Il suffit pour cela que, le curseur du jeu d'orgue &#233;tant &#224; z&#233;ro, la tension r&#233;siduelle soit insuffisante pour faire briller le filament, mais suffisante pour qu'il entre en r&#233;sonance. Il y a une solution : &#233;teindre vraiment les projecteurs qui ne serviront pas dans le plan, &#224; l'interrupteur !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les HMI. Les t&#234;tes de premiers HMI faisaient quand m&#234;me du bruit : le tic-tac de l'horloge. Aujourd'hui, il est vrai que certains HMI, surtout ceux de faible puissance et aliment&#233;s en haute fr&#233;quence, sifflent (les dits &quot; flicker free &quot;). Ceux justement qui ont le plus de chance d'&#234;tre proche de la sc&#232;ne, des acteurs et donc des micros. Est-ce vraiment li&#233; &#224; une marque, un type de projeteurs ? Pas s&#251;r, on peut tomber sur des bons, (de ce point de vue), sur des mauvais, selon. Des petits fluos aliment&#233;s en continu peuvent se mettre &#224; siffler. J'avoue que &#231;a m'&#233;nerve quand le joli petit projo que je m'&#233;tais r&#233;serv&#233; pour la face ce met &#224; chanter sa douce monodie. De m&#234;me que c'est crispant de ne pas trouver deux lampes HMI qui ont vraiment la m&#234;me couleur. Oui, il y a des progr&#232;s &#224; faire.
&lt;br /&gt;Les arcs. Il y a eu des arcs qui poussaient leur chansonnette, soit que les moteurs &#233;taient fatigu&#233;s (cui-cui, bruit m&#233;canique), soit qu'ils &#233;taient mal r&#233;gl&#233;s, ou encore qu'ils &#233;taient aliment&#233;s par un courant pas si continu que &#231;a (le doux chuintement de la flamme qui vacille &#224; peine).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item>
		<title>Le Micro et Le Joker</title>
		<link>http://afcinema.com/Le-Micro-et-Le-Joker.html</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		

<category domain="http://afcinema.com/-Remue-meninges-.html">Remue-m&#233;ninges</category>

		<dc:subject>142</dc:subject>
		<dc:subject>K 5600</dc:subject>

		<description>Forc&#233;ment, je ne pouvais rester sans r&#233;action &#224; l'article de Diane Baratier rapportant les propos informels de l'ing&#233;nieur du son Jean Umansky. &lt;br /&gt;D'abord, il y a la r&#233;action &#233;pidermique qui ne se contr&#244;le pas : on attaque les fabricants de projecteurs (dont nous, K5600) et on cite un Joker 400 (donc nous, K5600). Je fr&#244;le la parano, je rentre chez moi le soir et je me dis que, finalement, un bon verre de vin vaut bien mieux que toute cette pol&#233;mique.

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Forc&#233;ment, je ne pouvais rester sans r&#233;action &#224; l'article de Diane Baratier rapportant les propos informels de l'ing&#233;nieur du son Jean Umansky. &lt;br /&gt;D'abord, il y a la r&#233;action &#233;pidermique qui ne se contr&#244;le pas : on attaque les fabricants de projecteurs (dont nous, K5600) et on cite un Joker 400 (donc nous, K5600). Je fr&#244;le la parano, je rentre chez moi le soir et je me dis que, finalement, un bon verre de vin vaut bien mieux que toute cette pol&#233;mique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le vin &#233;tant excellent (Gruaud-Larose, 1999), mon esprit se calme pendant que je savoure ce d&#233;licieux breuvage. Je me surprends m&#234;me &#224; r&#233;fl&#233;chir &#224; un monde parfait. Et si tout pouvait &#234;tre parfait comme un bon verre de vin. Et si nous pouvions aujourd'hui faire un projecteur qui enchante les directeurs de la photo pour sa lumi&#232;re, ravissent les ing&#233;nieurs du son pour son absence totale de bruit, s&#233;duise les &#233;quipes &#233;lectros par son poids et son encombrement r&#233;duit et, comble les loueurs pour sa robustesse, sa long&#233;vit&#233; et son co&#251;t attractif. Un projecteur qui demeure silencieux pendant sa longue carri&#232;re (mouvement&#233;e) de plus de dix ans !!! Serions-nous assez stupides pour ne pas faire un tel appareil si c'&#233;tait possible ? J'ai envie de croire que non.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'ai essay&#233; ce soir-l&#224; de passer en revue toutes les causes de ces bruits g&#234;nants... Et j'ai fini par m'assoupir si profond&#233;ment que je me suis surpris en train de r&#234;ver. J'&#233;tais sur un plateau de tournage et tout semblait bien r&#233;el sauf un micro et un projecteur (Joker 400) qui eux &#233;taient anim&#233;s comme des personnages de cartoon. J'assistai alors &#224; un &#233;trange dialogue :
&lt;br /&gt;&lt;i&gt;Le Micro&lt;/i&gt; : C'est pas bient&#244;t fini tout ce bruit ?
&lt;br /&gt;&lt;i&gt;Le Joker&lt;/i&gt; : C'est &#224; moi que tu causes ?
&lt;br /&gt;&lt;i&gt;Le Micro&lt;/i&gt; : Oui, &#224; toi. On entend que toi ici. &lt;br /&gt;&lt;i&gt;Le Joker&lt;/i&gt; : M&#234;me pas vrai, je suis hyper silencieux dans mon genre. &lt;br /&gt;&lt;i&gt;Le Micro&lt;/i&gt; : Je te l'accorde, j'ai entendu pire, mais, j'ai entendu mieux aussi. &lt;br /&gt;&lt;i&gt;Le Joker&lt;/i&gt; : Si tu m'avais connu tout neuf, tu ne dirais pas &#231;a. &lt;br /&gt;&lt;i&gt;Le Micro&lt;/i&gt; : Moi aussi, je ne suis pas tout jeune. &lt;br /&gt;&lt;i&gt;Le Joker&lt;/i&gt; : Oui mais toi, on te range dans la mousse, tu n'as pas connu mille huit cent vingt-cinq utilisateurs. On ne te balance pas 40 000 Volts pour te mettre en route et tu n'es pas expos&#233; &#224; la chaleur. Et puis, on te cajole au bout d'une perche &#224; laquelle on fait attention en permanence. Au grand max vous &#234;tes combien sur un plateau ? Nous on est une tripot&#233;e et on nous colle (quand on nous jette pas car il faut aller vite) dans des endroits pas possible. &lt;br /&gt;&lt;i&gt;Le Micro&lt;/i&gt; : C'est vrai que vous &#234;tes plus bouscul&#233;s que nous mais quand m&#234;me, le bruit que vous faites c'est plus souvent du bruit &#233;lectrique que du bruit m&#233;canique. &lt;br /&gt;&lt;i&gt;Le Joker&lt;/i&gt; : Mais tout est li&#233;. Pour nous les HMI, au d&#233;but nous fonctionnions sur des ballasts magn&#233;tiques, tranquille, p&#232;p&#232;re &#224; 50 Hz dans des carrosseries pesant des tonnes. A l'&#233;poque, les bruits venaient g&#233;n&#233;ralement des t&#244;les des selfs des ballasts dont les vernis finissaient par vieillir et craquer n'emp&#234;chant plus alors la vibration des t&#244;les entre elles. Maintenant, nous sommes quasiment tous avec des ballasts &#233;lectroniques pour des questions de poids et de variations &#233;ventuelles de vitesse d'obturation des cam&#233;ras. On est pass&#233; &#224; 200 Hz avec des amorceurs et des carrosseries que les utilisateurs veulent de plus en plus petits. Faut les comprendre aussi : on leur demande d'aller plus vite avec moins de personnel... La plus haute fr&#233;quence a apport&#233; des probl&#232;mes de r&#233;sonance et de magn&#233;tisme dans nos t&#234;tes. Je te jure que c'est pas agr&#233;able pour nous et que nos cr&#233;ateurs essaient de trouver des solutions. &lt;br /&gt;&lt;i&gt;Le Micro&lt;/i&gt; : On ne dirait pas ! J'ai m&#234;me l'impression qu'ils s'en foutent de nos probl&#232;mes &#224; nous, au son. &lt;br /&gt;&lt;i&gt;Le Joker&lt;/i&gt; : Je ne dis pas que tout le monde fait les m&#234;mes efforts, mais je t'assure que c'est plus compliqu&#233; que tu ne le crois. Par exemple, moi, je suis un Joker 400, chez K5600, ils ont arr&#234;t&#233; la production de ce mod&#232;le depuis 1999 pour faire place aux Joker-Bugs. Donc, j'ai au minimum 6 ans. Six ann&#233;es pendant lesquelles, on m'a chang&#233; 10 fois la lampe et je peux te dire que dans le lot, j'en ai eu des silencieuses mais j'ai eu des siffleuses aussi. Pendant cette p&#233;riode, je me suis retrouv&#233; fix&#233; sur des capots de voitures en mouvement, coinc&#233; contre des plafonds o&#249; la temp&#233;rature avoisinait les 60&#176; et comme si ce n'&#233;tait pas assez, on m'a emball&#233; dans du papier alu noir comme un gigot. J'ai tourn&#233; sous la pluie, sous la neige, en plein soleil. J'ai pass&#233; des nuits dehors aux embruns marins. Pas &#233;tonnant apr&#232;s &#231;a que la r&#233;sine qui contient mes spires se d&#233;forme et laisse le champ libre aux vibrations de toutes sortes. &lt;br /&gt;&lt;i&gt;Le Micro&lt;/i&gt; : Donc, tout est la faute des autres ? Les utilisateurs qui te maltraitent, les loueurs qui ne t'entretiennent pas comme il faut. &lt;br /&gt;&lt;i&gt;Le Joker&lt;/i&gt; : Non, je ne dis pas &#231;a. Les donn&#233;es ne sont pas les m&#234;mes qu'avant. On tourne plus vite avec des &#233;quipes plus r&#233;duites et des budgets de plus en plus minimes. Avant, il fallait 100 jours pour amortir mon co&#251;t, maintenant c'est 150 &#224; 200 !!! Forc&#233;ment, on nous renouvelle moins souvent et on travaille plus longtemps. Les fabricants ont certainement des torts aussi, mais ce n'est pas vrai qu'ils s'en moquent. Tiens, je me souviens quand j'ai vu d&#233;barquer les premiers Joker-Bug 800 sur les tournages ; ils en faisaient du bruit. Je sais qu'&#224; la maison, ils ont essay&#233; un tas de trucs pour &#233;viter ces bruits. Ils ne sont pas fous non plus, ils n'ont pas envie de perdre un investissement de 100 000 euros &#224; cause d'un probl&#232;me de bruit !!! Ils ont tout mis en cause : l'amorceur, la fr&#233;quence du ballast, la douille et finalement le probl&#232;me venait des lampes. Le probl&#232;me est maintenant r&#233;gl&#233;, mais j'en entends encore des fois sur les tournages avec des anciennes lampes. M&#234;me quand la cause est isol&#233;e et r&#233;gl&#233;e, il faut du temps avant que cela arrive sur tous les appareils. Dans le cas des lampes, c'est encore pire car, il suffit d'une mauvaise s&#233;rie de lampes qui d&#233;barquent sur le march&#233; pour que les probl&#232;mes r&#233;apparaissent. Je te jure que ce n'est pas aussi simple que &#231;a. Tu peux pas comprendre, tu n'as pas ces probl&#232;mes-l&#224; toi. &lt;br /&gt;&lt;i&gt;Le Micro&lt;/i&gt; : Ils font quoi alors tes parents ? Il para&#238;t que les ballasts viennent d'Angleterre et les projos de Chine, d'Italie et d'Allemagne, vous communiquez en quelle langue ? Il y a forc&#233;ment des probl&#232;mes de communications. &lt;br /&gt;&lt;i&gt;Le Joker&lt;/i&gt; : Tout d'abord, il y a tr&#232;s peu de projos fabriqu&#233;s en Chine chez nous. Entre nous, je ne les aime pas beaucoup ceux-l&#224; car ce sont des copies qui ne font pas &#233;voluer notre m&#233;tier. Il y a aussi des projos fabriqu&#233;s en France et j'en suis un exemple. Les amorceurs sont &#233;labor&#233;s en Angleterre en collaboration &#233;troite avec mes cr&#233;ateurs. Il y a un Black Jack tout neuf qui est arriv&#233; hier sur le tournage et qui m'a dit que la semaine derni&#232;re encore, ils travaillaient ensemble &#224; Manchester sur les moyens d'att&#233;nuer les bruits de l'Alpha 4 kW. Tiens, encore un exemple : l'Alpha 4 kW a &#233;t&#233; con&#231;u pour travailler normalement comme n'importe quel Fresnel, et bien, figure-toi que beaucoup l'utilisent en douche. Evidemment, comme il est peu profond et qu'il &#233;claire tr&#232;s large, c'est tentant. Bon, c'&#233;tait pas pr&#233;vu et du coup, il y a eu des probl&#232;mes de chauffe des douilles et de la r&#233;sine dans l'amorceur. Maintenant, ils sont pass&#233;s &#224; un autre type de r&#233;sine plus souple et plus molle s'adaptant aux dilatations successives cr&#233;&#233;es par les diff&#233;rences de temp&#233;rature. Si les spires se dilatent autour du transfo thorique, il y a vibrations et donc bruits. Il para&#238;t qu'ils &#233;taient contents du r&#233;sultat. &lt;br /&gt;&lt;i&gt;Le Micro&lt;/i&gt; : Bon, je me suis peut-&#234;tre un peu emball&#233;, mais c'est vraiment un gros probl&#232;me et on a l'impression que rien ne se fait. &lt;br /&gt;&lt;i&gt;Le Joker&lt;/i&gt; : Il se passe des choses, mais avant qu'elles n'arrivent sur le tournage... Difficile de modifier tous les appareils sur le march&#233;. Il faut d&#233;j&#224; qu'ils soient sur les &#233;tag&#232;res des loueurs pour avoir le temps de les modifier. Je te jure que c'est frustrant pour mes parents aussi de faire des modifs pour r&#233;gler des probl&#232;mes et d'entendre toujours parler de ces m&#234;mes probl&#232;mes 5 ans apr&#232;s que les modifs existent.
&lt;br /&gt;&lt;i&gt;Le Micro&lt;/i&gt; : En fait, ce qu'il nous manque, c'est du dialogue.
&lt;br /&gt;&lt;i&gt;Le Joker&lt;/i&gt; : Oui. Si on savait exactement ce qui est acceptable pour toi et ce qu'il ne l'est pas, on pourrait commencer &#224; trouver des solutions. Tu sais, si nous nous plaignons tous les deux aupr&#232;s des diff&#233;rents intervenants (fabricants de lampes, d'alimentations, de douilles, ...) nous aurons d'avantage de poids. &lt;br /&gt;&lt;i&gt;Le Micro&lt;/i&gt; : OK, pourquoi pas ? Si on peut faire avancer les choses... Concr&#232;tement, on fait comment ? &lt;br /&gt;&lt;i&gt;Le Joker&lt;/i&gt; : On en parle au calme avec tes coll&#232;gues en dehors du plateau et de la nervosit&#233; ambiante. &lt;br /&gt;&lt;i&gt;Le Micro&lt;/i&gt; : Silence, le tournage reprend.
&lt;br /&gt;&lt;i&gt;Le Joker&lt;/i&gt; : Je vais faire de mon mieux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L&#224;-dessus, je me suis r&#233;veill&#233; et j'ai retranscrit tout &#231;a. &lt;br /&gt;Je suis tent&#233; de dire qu'une r&#233;union de ce genre pourrait se faire au sein de l'AFC et sous son patronage. Mettre &#224; plat, une bonne fois pour toute, les nuisances g&#233;n&#233;r&#233;es par les projos, et les autres appareils sur un plateau et d&#233;finir les seuils acceptables aussi bien en dB qu'en Hz. On arriverait peut-&#234;tre &#224; trouver des solutions ensemble.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item>
		<title>Repas de tournage</title>
		<link>http://afcinema.com/Repas-de-tournage.html</link>
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		<dc:date>2005-03-01T00:25:02Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Diane Baratier</dc:creator>

<category domain="http://afcinema.com/-Remue-meninges-.html">Remue-m&#233;ninges</category>

		<dc:subject>141</dc:subject>
		<dc:subject>Baratier, AFC</dc:subject>

		<description>En ce moment, je suis sur le film de Charles Belmont. &lt;br /&gt;Aujourd'hui, &#224; midi, le sujet lanc&#233; &#224; table tourne autour des nuisances sonores dues aux nouvelles gammes de projecteurs.
&lt;br /&gt;La conversation est entre Jean Umansky, ing&#233; son, Cafer Ilhan, chef &#233;lectro et David Grinberg, assistant cam&#233;ra. Avec d&#233;lectation, j'&#233;coute pour mieux comprendre : depuis quelques films, je me demande pourquoi les micros ne sont jamais satisfaits des limites du cadre. Alors qu'ils sont de plus en plus performants !

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;R&#233;ponse sous forme de dialogues :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Cafer&lt;/i&gt; :
&lt;br /&gt;Peut-&#234;tre ce sont les com&#233;diens aujourd'hui qui parlent de moins en moins fort.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Diane&lt;/i&gt; :
&lt;br /&gt;Sur la s&#233;quence d'aujourd'hui pourtant il n'y avait pas de dialogues, c'&#233;tait silencieux. Et je voyais dans la r&#233;serve du cadre le micro descendre de plus en plus dangereusement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Jean&lt;/i&gt; :
&lt;br /&gt;&#199;a d&#233;pend des films, il y a des films o&#249; tu n'as pas besoin de venir coller au bord et des films o&#249; tu veux descendre toujours plus. Cela d&#233;pend des circonstances.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Diane&lt;/i&gt; :
&lt;br /&gt;Et pourquoi tu as besoin de coller au bord ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Jean&lt;/i&gt; :
&lt;br /&gt;Quand j'ai envie d'entende la com&#233;dienne respirer. &lt;br /&gt;Il y a un moment o&#249; j'ai dit &#224; Erwan, mon perchman, de descendre un peu. Il est descendu de 8 cm, et cela faisait toute la diff&#233;rence. Le son qui &#233;tait g&#233;n&#233;ral sur l'action devenait proche de la respiration. C'est plus int&#233;ressant. Cela change tout car alors tu es avec sa pens&#233;e intime. Dans un autre cas, par exemple Madame G. &#233;crit &#224; quelqu'un, c'est le son de la plume qui va m'int&#233;resser. C'est un peu bateau, mais n&#233;anmoins la fa&#231;on d'&#233;crire dit quelque chose sur la nervosit&#233; du personnage. L&#224;, c'est une jeune fille qui &#233;crit son journal intime. On lui a mis le mic pratiquement dans sa narine et on a ressenti sa solitude.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Diane&lt;/i&gt; :
&lt;br /&gt;Mais c'est un son qu'on pourrait rajouter plus tard.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Jean&lt;/i&gt; :
&lt;br /&gt;Il est plus juste en &#233;tant fait en direct.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Diane&lt;/i&gt; :
&lt;br /&gt;Est-ce que tu entendais les projecteurs aujourd'hui ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Jean&lt;/i&gt; :
&lt;br /&gt;Le Joker 400 par exemple sur le plan dialogu&#233; &#233;tait supportable car on a pu cacher un micro plus pr&#232;s. Et le micro plus large qui lui entendait le projecteur, je le mettais &#224; un niveau tr&#232;s bas et j'avais peu de bruits de projecteur.
&lt;br /&gt;Si tu veux, en gros, plus tu as de bruits de projecteur plus tu es oblig&#233; de te rapprocher artificiellement des bruits pour donner &#224; entendre ces sons sensiblement plus fort que les projecteurs. Tu descends ainsi le niveau des bruits.
&lt;br /&gt;C'est un peu comme si tu te retrouvais dans un studio et que tu enregistres de tr&#232;s pr&#234;t un bruit de verre. Le son est alors tr&#232;s fort. Tu le baisses artificiellement pour le ramener &#224; un niveau normal et tu baisses automatiquement le niveau ambiant. Evidemment, cela ne marche pas toujours, d'une part quand tu ne peux pas mettre un micro au milieu de l'image, mais cela ne marche pas non plus si tu veux donner de l'air. Quand tu veux que les choses respirent naturellement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Diane&lt;/i&gt; :
&lt;br /&gt;Comment expliques-tu que les projecteurs font plus de bruits qu'avant ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Jean&lt;/i&gt; :
&lt;br /&gt;Je n'en sais rien, c'est absurde. Les cam&#233;ras progressent, c'est super. Mais les fabricants de projecteurs ne tiennent absolument pas compte du bruit, sous pr&#233;texte que la technologie avan&#231;ant, on a des filtres pour enlever les bruits apr&#232;s. Ce qui est absolument faux.
&lt;br /&gt;C'est vrai que le c&#244;t&#233; ultra-sophistiqu&#233; des auditoriums dont on pense que tout est possible accr&#233;dite l'id&#233;e que tu vas pouvoir enlever tous les parasites et les bruits de fond. Mais ce n'est pas vrai. Les gens qui travaillent dans le cin&#233;ma savent qu'au d&#233;part, les sons doivent &#234;tre beaux. Tu ne peux pas enlever un buzz sans enlever de la finesse aux choses. Cela ne marche pas.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;David&lt;/i&gt; :
&lt;br /&gt;C'est un probl&#232;me avec le tungst&#232;ne ou uniquement avec le HMI ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Cafer&lt;/i&gt; :
&lt;br /&gt;Les projecteurs tungst&#232;nes posent beaucoup moins de probl&#232;mes sauf quand ils sont sur variateurs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;David&lt;/i&gt; :
&lt;br /&gt;Ce sont les ballasts qui sont g&#234;nants ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Jean&lt;/i&gt; :
&lt;br /&gt;Non, les ballasts, ce n'est pas grave. Les &#233;lectros apportent des rallonges. Ils les sortent. Cela les emmerde, c'est s&#251;r que cela leur rajoute du boulot mais ils y pensent et ils tirent des fils et l'on peut toujours sortir les ballasts. Ce sont les t&#234;tes de projecteurs, principalement HMI et les &quot; space lights &quot; que tu branches sur variateurs qui sont terribles. Avec le chef &#233;lectro de Bruno Delbonnel, on a test&#233; 40 projecteurs, il y en avait plus de 80 % qui faisaient du bruit. D&#232;s que tu les baisses, ils se mettent &#224; chanter. Quand tu en as au-dessus d'un drap, au-dessus de la t&#234;te des com&#233;diens, tu es battu.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;David&lt;/i&gt; :
&lt;br /&gt;Est-ce que c'est parce qu'il n'y a pas de demande aupr&#232;s des fabricants de projecteurs qu'il y a ces probl&#232;mes ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Cafer&lt;/i&gt; :
&lt;br /&gt;Il y a des demandes. Mais en Europe, les ballasts sont anglais, avec des t&#234;tes de projecteurs chinoises, italiennes ou allemandes, et les c&#226;bles fran&#231;ais. Il y a plusieurs fabricants pour un seul projecteur et l'on a l'impression qu'ils ne communiquent pas pour faire un projecteur silencieux. Alors qu'il aurait des solutions par exemple pour faire des ventilateurs de ballasts plus silencieux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Jean&lt;/i&gt; :
&lt;br /&gt;Faire du son, la nuit, avec des HMI, c'est la merde. Tu n'as plus le silence de la nuit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Diane&lt;/i&gt; :
&lt;br /&gt;Est-ce que ce n'est pas plut&#244;t les micros qui sont devenus plus sensibles et qui donnent envie d'avoir un meilleur silence ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Jean&lt;/i&gt; :
&lt;br /&gt;Je n'en suis pas absolument certain. C'est plus sensible donc tu mets moins d'amplification... C'est s&#251;r qu'on a d&#233;barrass&#233; le silence du bruit de fond de la bande magn&#233;tique. Ce que tu as gagn&#233; avec le num&#233;rique c'est que tu te mets &#224; entendre mieux des fonds subtils. Donc &#233;videmment...
&lt;br /&gt;Ce qui serait important, c'est que les fabricants partent du postulat que l'on puisse faire de la lumi&#232;re sans que cela fasse du bruit. Les micros n'&#233;clairent pas. Tu mets un micro, cela ne fait pas de lumi&#232;re. Ce n'est pas un gyrophare. Et bien les projecteurs ne doivent pas faire de sons. &lt;br /&gt;Ce qu'il y a de plus difficile pour nous au son, c'est de combattre les bruits de projecteurs. C'est une guerre permanente. Tu fais la prise de sons en d&#233;cidant de la qualit&#233; des micros et de leur place uniquement en fonction des projecteurs. Bien s&#251;r, si tu mets des micros &#233;metteurs, tu vas pouvoir descendre le bruit d&#251; aux projecteurs. Mais, parfois, tu n'as absolument pas envie de cela parce que la qualit&#233; du son que tu recherches ne s'y pr&#234;te pas, ou que les costumes ne le permettent pas. Alors quand tu ne peux pas le faire, tu en veux affreusement aux mecs qui font des lumi&#232;res en mettant des projecteurs qui te g&#226;chent le son des films. C'est tout le climat sonore qu'ils ont d&#233;grad&#233;. Tu es oblig&#233; de refaire le son artificiellement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Diane&lt;/i&gt; :
&lt;br /&gt;Avant les projecteurs &#233;taient-ils compl&#232;tement silencieux ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Jean&lt;/i&gt; :
&lt;br /&gt;Ils ne faisaient pratiquement pas de bruits. M&#234;me les arcs faisaient infiniment moins de bruit, m&#234;me les HMI selfiques ne faisaient pas de bruit. C'est &#224; partir du moment o&#249; il y a eu les ballasts &#233;lectroniques qu'on a amen&#233; du bruit. Puis on a commenc&#233; &#224; mettre tout sur variateurs, et quantit&#233;s de bruits sont apparues. J'ai fait des films dans des vieux studios en Chine. Ils ne faisaient pas de films en son direct pourtant, et ils avaient des trucs d&#233;ments et en particulier des saladiers &#233;maill&#233;s blancs avec des ampoules ultra-puissantes dont ils se servaient en bain de pied pour &#233;clairer les d&#233;couvertes. Cela produisait une lumi&#232;re magnifique, mais cela ne faisait pas de bruit. &lt;br /&gt;Et m&#234;me en Russie alors qu'ils ne faisaient pas plus de films en son direct et bien les projecteurs ne faisaient pas de bruit. C'&#233;tait d&#251; &#224; la technologie employ&#233;e. Il y avait bien quelques vieux projos qui se mettaient &#224; zinguer, c'&#233;tait terrible, mais on pouvait les remplacer.
&lt;br /&gt;Apr&#232;s ils se sont &#233;quip&#233;s en matos en se disant : &#171; On va pouvoir faire du son direct &#187; en fait pas du tout c'&#233;tait affreux. Ils produisaient un bruit fou.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;David&lt;/i&gt; :
&lt;br /&gt;Est-ce qu'il y a des normes de niveaux de bruit pour les constructeurs de projecteurs comme on a chez les constructeurs de cam&#233;ras ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Jean&lt;/i&gt; :
&lt;br /&gt;Je ne sais pas.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;David&lt;/i&gt; :
&lt;br /&gt;Est-ce qu'il y aurait un niveau de bruit acceptable, par exemple un maximum de 20 DB &#224; ne pas d&#233;passer ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Jean&lt;/i&gt; :
&lt;br /&gt;Je n'en sais rien. Je pense qu'ils devraient &#234;tre silencieux, un point c'est tout ! Il y a des projos, tu pr&#234;tes l'oreille et tu n'entends rien. S'il fallait quelque chose de m&#233;canique pour produire de la lumi&#232;re, je comprendrais. Quand tu fais bouger quelque chose c'est normal qu'il y ait du bruit, pousser un travelling, c'est normal que cela fasse du bruit. Et c'est d'ailleurs absolument dingue les progr&#232;s r&#233;alis&#233;s par les machinos. Avant tu entendais des buzzins effroyables, alors que maintenant ils se d&#233;placent avec des poids &#233;normes et tu n'entends rien. Ils ont r&#233;ussi des prouesses formidables.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Diane&lt;/i&gt; :
&lt;br /&gt;Alors que les projecteurs, c'est carr&#233;ment le contraire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Jean&lt;/i&gt; :
&lt;br /&gt;C'est carr&#233;ment le contraire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item>
		<title>Passag&#232;re du silence</title>
		<link>http://afcinema.com/Passagere-du-silence.html</link>
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		<dc:date>2005-03-01T00:25:02Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		

<category domain="http://afcinema.com/-Remue-meninges-.html">Remue-m&#233;ninges</category>

		<dc:subject>141</dc:subject>

		<description>C'est un livre autobiographique. Fabienne Verdier part pour la Chine dans les ann&#233;es 1980 &#233;tudier la peinture traditionnelle chinoise. Elle se retrouve dans une universit&#233; du Sichuan, province &#224; l'Ouest de la Chine. Mise &#224; l'&#233;cart d&#232;s le d&#233;but, elle parvient &#224; rencontrer un des derniers calligraphes, survivant de la R&#233;volution Culturelle, Ma&#238;tre Huang. Les lignes qui suivent m'ont sembl&#233; s'adresser &#224; l'image d'un film.

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Extraits choisis par Diane Baratier&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le beau en peinture, selon l'enseignement des vieux Ma&#238;tres, n'est pas le beau tel qu'on l'entend en Occident. Le beau en peinture chinoise, c'est le trait anim&#233; par la vie, quand il atteint le sublime du naturel. Le laid ne signifie pas la laideur d'un sujet qui, au contraire, peut-&#234;tre int&#233;ressante : si elle est authentique, elle nourrit un tableau. Le laid, c'est le labeur du trait, le travail trop bien ex&#233;cut&#233;, l&#233;ch&#233;.
&lt;br /&gt;Les manifestations de la folie, de l'&#233;trange, du bizarre, du na&#239;f, de l'enfantin sont troublantes car elles existent dans ce qui nous entoure. Elles poss&#232;dent une personnalit&#233; et une saveur propres, une intelligence. Ce sont des humeurs qu'il faut d&#233;velopper. Toi, en tant que peintre, tu dois saisir ces subtilit&#233;s. Mais l'adresse, l'habilet&#233;, la dext&#233;rit&#233; qui, en Occident, sont souvent consid&#233;r&#233;es comme une qualit&#233;, sont un d&#233;sastre, car on passe &#224; c&#244;t&#233; de l'essentiel. La maladresse et le rat&#233; sont bien plus vivants.
&lt;br /&gt;Le rat&#233; n'est pas mauvais du tout. La faiblesse peut m&#234;me &#234;tre d'une &#233;l&#233;gance folle. La maladresse si elle vient du c&#339;ur est bouleversante. La maladresse peut m&#234;me constituer l'esprit du tableau. Si l'expression est sinc&#232;re, elle habitera forc&#233;ment l'esprit qui la contemple.
&lt;br /&gt;Recherche sans cesse et sans r&#233;pit le singulier, l'insolite, n'aie pas peur de para&#238;tre folle ou excentrique car il s'agit de retrouver les mille et une manifestations de la nature des choses.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;La suite des citations du vieux Ma&#238;tre s'adresse plus &#224; la r&#233;alisation en g&#233;n&#233;ral.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il s'agit de sugg&#233;rer sans jamais montrer les choses. L'ineffable, en peinture, na&#238;t de ce secret : la suggestion.
&lt;br /&gt;La danse du pinceau dans l'espace laisse des blancs pour permettre &#224; celui qui regarde de vivre l'imaginaire dans le tableau, d'aller d&#233;couvrir le paysage seul, par la suggestion, sans trop en dire, pour faire jaillir la pens&#233;e. Si tu tentes d'enfermer une composition, elle meurt dans l'instant.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item>
		<title>L'Ethique du masque</title>
		<link>http://afcinema.com/L-Ethique-du-masque.html</link>
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		<dc:date>2005-01-01T00:25:02Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Charlie Van Damme</dc:creator>

<category domain="http://afcinema.com/-Remue-meninges-.html">Remue-m&#233;ninges</category>

		<dc:subject>139</dc:subject>
		<dc:subject>Van Damme, AFC</dc:subject>

		<description>Il y a un an, j'&#233;tais convi&#233; &#224; participer &#224; un colloque universitaire &#224; Jussieu autour du th&#232;me &quot; Masques et Lumi&#232;re &quot;. Je leur ai propos&#233; ce texte, l'id&#233;e &#233;tant de ramener les consid&#233;rations de l'aimable assembl&#233;e &#224; des choses un peu plus concr&#232;tes, premi&#232;res. Etant donn&#233; le contexte de d&#233;part, soyez indulgents pour la forme un peu trop didactique &#224; mon go&#251;t.
&lt;br /&gt;N'h&#233;sitez pas &#224; prendre la balle au bond et de vous emparer de vos stylos, ce serait dommage que &quot; Remue-m&#233;ninges &quot; devienne &quot; La Rubrique &#224; Charlie &quot; !

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'Ethique du masque&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;par Charlie Van Damme&lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;La prise de vues est au centre du dispositif cin&#233;matographique : on peut imaginer un film sans son, sans acteurs, sans r&#233;cit m&#234;me, mais pas un film sans images. Et c'est le geste du photographe qui est le geste fondateur de toute pratique cin&#233;matographique. A partir de ce geste-l&#224;, je vais aborder la question du masque, et au-del&#224;, &#224; partir de ma pratique de directeur de la photographie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous avons tous v&#233;cu ce moment, face &#224; l'objectif et au photographe, conscient d'&#234;tre regard&#233;. C'est in&#233;vitable, on &#233;prouve un malaise plus ou moins accentu&#233;, on se sent &quot; en repr&#233;sentation &quot;. Alors, on se compose une attitude, involontairement presque, comme si l'on avait peur d'&#234;tre mis &#224; nu, comme si l'on voulait se d&#233;rober, se cacher derri&#232;re un masque. Les possibilit&#233;s de d&#233;robade sont multiples mais en g&#233;n&#233;ral extr&#234;mement conventionnelles : l'&#233;clat de rire, la grimace, le sourire fig&#233;, la fuite dans une posture inspir&#233;e, l'imitation d'un clich&#233; de beaut&#233;, de virilit&#233;, de f&#233;minit&#233;, d'intelligence, de s&#233;r&#233;nit&#233;...
&lt;br /&gt;Mais pourquoi chercher &#224; se masquer face &#224; un geste devenu si banal ? Bien s&#251;r, on peut de la sorte chercher &#224; &#233;viter une blessure narcissique : on a rarement le sentiment d'&#234;tre &#224; son avantage sur une photo, si tra&#238;treusement ressemblante. On supporte bizarrement mieux son image dans un miroir, comme si la photo r&#233;v&#233;lait ce qui, dans le miroir, n'&#233;tait pas visible, ou du moins pas d'une mani&#232;re aussi flagrante. Mais il y a plus : cette photo risque fort d'&#234;tre vue par d'autres, et c'est bien le regard des autres que nous appr&#233;hendons et le jugement que l'on portera sur nous, via cette image, sans que l'on puisse se d&#233;fendre. Celui qui d&#233;tient notre image aurait-il donc un pouvoir sur nous ? Survivance d'une pens&#233;e magique ? Pas du tout : notre l&#233;gislation pr&#233;voit depuis quelques ann&#233;es que l'on puisse contr&#244;ler l'usage public des images photographiques nous repr&#233;sentant. C'est un droit moral avant d'&#234;tre une affaire de gros sous.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il a fallu du temps pour que l'on prenne conscience du pouvoir de la photographie. Au d&#233;but du XXe si&#232;cle, on se livrait encore en toute candeur au regard du photographe : observons &#224; la loupe ces images de foules, immobiles face &#224; la cam&#233;ra pour &#233;viter le flou du &quot; boug&#233; &quot; : nulle trace de g&#234;ne, nulle trace de masque. Aujourd'hui, on a appris &#224; s'en m&#233;fier. On peut craindre des utilisations volontairement malveillantes, mais ce n'est pas cela qui m'int&#233;resse ici. On sait confus&#233;ment que la photographie n'est jamais neutre, jamais objective, m&#234;me la photographie de style documentaire, m&#234;me la plus &#233;l&#233;mentaire photo de vacances ; que la photo n'est pas la copie conforme, l'analogon parfait ou le clone du sujet. Elle est un regard, un point de vue particulier sur le sujet. Une interpr&#233;tation. Elle n'est pas la v&#233;rit&#233;, le tout du sujet, elle est au mieux une v&#233;rit&#233;, toujours partielle. Elle transforme, voire d&#233;forme, selon. C'est ce que la photo pourrait &quot; dire &quot; de nous que nous voulons masquer, en nous masquant nous-m&#234;mes. Aussi, le travail du photographe de qualit&#233; consiste-t-il pour une part importante &#224; nous faire accepter de laisser transpara&#238;tre une certaine v&#233;rit&#233; de nous. Ce travail s'apparente &#224; ce qu'en fiction, nous appelons la direction d'acteur. Et plus qu'en fiction, cela peut d&#233;raper vers la manipulation, l'abus de pouvoir, &#224; moins que nous ayons un contr&#244;le suffisant sur nous-m&#234;me - c'est le travail que font certains personnages publics - pour imposer au photographe un masque valorisant. Dans ce cas, nous sommes dans la posture du com&#233;dien : nous jouons. Et il ne s'agit plus de d&#233;robade, mais d'action volontaire et consciente : la cr&#233;ation d'un personnage.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour Serge Daney, la condition sine qua non pour qu'il y ait image est l'alt&#233;rit&#233;. Cette alt&#233;rit&#233; fonctionne en triangle : le sujet photographi&#233;, le photographe, et enfin ceux &#224; qui la photo va &#234;tre montr&#233;e. Pour que la photo offre un minimum d'int&#233;r&#234;ts, il faut qu'elle nous r&#233;v&#232;le quelque chose de particulier au sujet que nous n'aurions pas vu nous-m&#234;me ou &#224; quoi nous n'aurions pas &#233;t&#233; sensibles sans le talent du photographe. La premi&#232;re &#233;tape, pour le photographe, est d'&#234;tre sensible &#224; ce quelque chose. Ensuite, il lui faut mettre en &#339;uvre toute une proc&#233;dure - l'approche du sujet, le choix du cadrage, de la distance, de l'objectif, du diaphragme, du temps de pose, du fameux instant d&#233;clic cher &#224; Cartier Bresson - pour donner &#224; la photo &quot; la forme &quot; la plus appropri&#233;e qui exprimera son point de vue sensible. C'est dans cette mise en &#339;uvre que r&#233;side son talent. Ce n'est donc pas le sujet en soi qui d&#233;termine le sens de la photographie mais la mani&#232;re dont le sujet a &#233;t&#233; photographi&#233;, c'est-&#224;-dire in fine la forme, le style qui fait sens. Le formalisme - ou l'esth&#233;tisme -, c'est une forme qui ne parle plus que d'elle-m&#234;me, qui masque le sujet. &lt;br /&gt;Lorsque nous regardons une photo, l'&#233;motion que nous &#233;prouvons agit sur la connaissance et l'appr&#233;ciation que nous avons du sujet, en bien ou en mal. Et cela peut avoir des effets sur le sujet : la photo cr&#233;e du lien. La qualit&#233; de ce lien est d&#233;termin&#233;e par le style du photographe et cela engage sa responsabilit&#233; sur le plan &#233;thique. Tel est &#224; mon avis le sens de la phrase attribu&#233;e &#224; Jean-Luc Godard : &#171; Un travelling est une affaire de morale &#187;.
&lt;br /&gt;Aucun param&#232;tre stylistique pris isol&#233;ment ne suffit &#224; caract&#233;riser un style, pas plus qu'il ne peut &#234;tre associ&#233; d'une mani&#232;re univoque &#224; une position &#233;thique. En soi, l'usage de tel ou tel objectif ne fait pas sens. C'est comment l'ensemble des param&#232;tres fonctionnent les uns par rapport aux autres qui peut &#234;tre significatif, pour autant que j'aie une conscience forte de la nature de l'&#233;motion que l'image suscite en moi.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On peut &#224; mon sens extrapoler cette mani&#232;re d'envisager la photographie documentaire - et le portrait - vers le cin&#233;ma documentaire, en prenant en compte ce qui est propre au cin&#233;ma : le plan dans sa dur&#233;e, le montage, le son, etc. Tous deux fonctionnent comme des &quot; peintures d'apr&#232;s mod&#232;le &quot;. En fiction aussi il y a mod&#232;le, en ce sens qu'il est difficile d'imaginer une fiction sans relation aucune avec la r&#233;alit&#233; de nos vies, y compris en ce qu'elles ont d'immat&#233;riel tels les &#233;motions et les sentiments, les r&#234;ves, les souvenirs, les espoirs, les craintes, les aspirations. En ce sens aussi que la fiction ne peut nous parler de ce qui s'est pass&#233;, aurait pu se passer, maintenant ou plus tard. Et, comme dans le documentaire, nous avons alt&#233;rit&#233; et cr&#233;ation de lien dans une relation triangulaire sujet-auteur-spectateur, ce qui pose les m&#234;mes questions &#233;thiques. Mais alors que, dans le documentaire, on devrait avoir la conviction que ce que l'on voit sur l'&#233;cran appartient au r&#233;el et &#234;tre en la mesure de d&#233;celer d'&#233;ventuelles falsifications, il faut qu'en fiction on soit certain que les &#233;v&#233;nements sont des constructions artificielles sans cons&#233;quences pour les protagonistes, quand bien m&#234;me tout nous semblerait vraisemblable. C'est la condition sine qua non pour qu'agisse ce qu'Aristote appelle dans la Katharsis aupr&#232;s des spectateurs, pour qu'il y ait en somme cette sorte de distanciation n&#233;cessaire &#224; ce que l'&#233;motion ne soit pas r&#233;duite &#224; des manifestations neurov&#233;g&#233;tatives et pulsionnelles mais acc&#232;de aux sentiments, de la conscience et de l'intelligence. Dans La R&#233;publique, Platon fustige ceux qui cr&#233;ent des situations d'&#233;nonciations illusoires venant doubler le r&#233;el et pr&#233;tendant se donner pour vrai. Cela concerne aussi le documentaire, qui ne doit pas &#234;tre un double illusoire du r&#233;el mais un point de vue, un regard, une r&#233;flexion sur le r&#233;el. Cette question est d'importance, en particulier dans le cin&#233;ma ou l'effet de r&#233;alit&#233; des images et des sons aidant, les m&#233;canismes de projection-identification sont sensiblement plus op&#233;rants qu'au th&#233;&#226;tre, de sorte que l'on peut vivre le temps de la projection comme un moment de la r&#233;alit&#233;. Lorsque cela se produit, je dirais que la fiction se propose &#224; nous travestie, masqu&#233;e. C'est bien ce questionnement l&#224; qui pr&#233;occupait Bertold Brecht, d&#233;fenseur d'un th&#233;&#226;tre &#233;pique fond&#233; sur la distanciation, l'effet d'&#233;tranget&#233; ou d&#233;paysement (Verfremdungseffect). Plus proche de nous, il y a Guy Debord avec sa critique radicale de la &#171; soci&#233;t&#233; de spectacle &#187;. Questionnement qu'il faut sans cesse r&#233;activer.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au centre de cette pr&#233;occupation se trouve le com&#233;dien. La question est connue : faut-il que le com&#233;dien &#233;prouve ou vive v&#233;ritablement les &#233;motions du personnage, faut-il qu'il y ait confusion, identit&#233; entre le com&#233;dien et le personnage ? Diderot r&#233;pond par la n&#233;gative dans le &#171; Paradoxe sur le Com&#233;dien &#187; et cela peut sembler une &#233;vidence : que ferait le com&#233;dien sinon, lorsque le personnage est sens&#233; mourir &#224; la fin de la repr&#233;sentation ou du film ? Oui... sauf que le style de jeu dominant depuis un bon demi-si&#232;cle est de type r&#233;aliste, hyperr&#233;aliste pourrait-on dire, en particulier au cin&#233;ma. L'&#233;cole d'interpr&#233;tation dramatique de l'Actor's Studio pr&#233;conise d'ailleurs que le com&#233;dien aille jusqu'&#224; faire l'exp&#233;rience la plus r&#233;elle possible des situations v&#233;cues par le personnage pour mieux les repr&#233;senter - ou les vivre ? - sur sc&#232;ne. Et parfois, sur les plateaux, les sc&#232;nes sont r&#233;ellement v&#233;cues. Il arrive que l'on obtienne de l'acteur qu'il soit ivre pour jouer l'ivresse, d&#233;fonc&#233; pour jouer la d&#233;fonce, ou que le d&#233;sir et l'acte soient en r&#233;el dans une sc&#232;ne d'amour. Si &#231;a ne marche pas, on fait appel &#224; des pros du porno. Comme si l'on voulait faire la preuve par la p&#233;n&#233;tration - visible - que tout est r&#233;el. N'y aurait-il pas l&#224; dangereuse confusion des genres ? Pour qu'on soit dans le registre de la fiction, il faut donc que le com&#233;dien et le personnage soient deux personnes distinctes auxquelles on est alternativement confront&#233; sur le plateau. On s'adresse au com&#233;dien par son nom (et pas par celui de son personnage !) et on parle avec lui du personnage qui est &quot; un autre &quot;, avec sa vie propre : &#171; Que penses-tu qu'il ferait dans cette situation ? &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le personnage r&#233;sulte d'une construction par le com&#233;dien, guid&#233; en cela par le metteur en sc&#232;ne, aid&#233; par la costumi&#232;re, le maquilleur, le directeur de la photographie parfois. &#199;a n'a rien de naturel. Lorsque le com&#233;dien se met &#224; jouer, il cesse d'appara&#238;tre tel qu'il est intimement pour rev&#234;tir le masque du personnage pour que, seul, ce dernier apparaisse &#224; l'&#233;cran. Et juste apr&#232;s la prise, en quelques secondes, il est &#224; nouveau lui-m&#234;me, pour pouvoir faire sereinement le commentaire critique du personnage qu'il vient de repr&#233;senter et &#233;ventuellement corriger le tir. C'est un travail qui implique conscience et lucidit&#233;, en permanence. Il faut notamment qu'il puisse &#234;tre le spectateur critique du personnage qu'il fait vivre, tout en jouant. Il faut qu'il y ait masque, sans quoi il y aurait intrusion d'&#233;l&#233;ments de r&#233;alit&#233; dans la fiction. Et il le faut aussi pour que le com&#233;dien puisse se prot&#233;ger, autrement, il deviendrait fou de devoir &#234;tre r&#233;ellement tous ces &quot; autres &quot;. Sinon lui serait-il encore possible d'&#234;tre lui-m&#234;me ? Mais pour construire ce masque, (ce personnage), le com&#233;dien est pour l'essentiel son propre instrument : c'est en travaillant physiquement la voix, la gestuelle, le rythme, le visage qu'il y acc&#232;de. Le masque n'a aujourd'hui pas d'autre mat&#233;rialit&#233; que le corps du com&#233;dien, et accessoirement le maquillage, la coiffure, le costume, etc. - sauf effets sp&#233;ciaux ou fonction di&#233;g&#233;tique. Cela fait que le com&#233;dien est physiquement et psychologiquement plus expos&#233; et fragilis&#233; que jadis, parce qu'il n'y a plus de mat&#233;rialit&#233; du masque, et parce que le style dominant du jeu est de type r&#233;aliste : il ne peut plus se r&#233;fugier derri&#232;re une formalisation forte et ostensible du jeu. A cela s'ajoute le fait que l'objectif de la cam&#233;ra est souvent impudique, inquisitorial et qu'il perce le masque que le com&#233;dien s'est construit. Alors, dans le regard du spectateur, il peut y avoir confusion entre com&#233;dien et personnage. Il faut mentionner ici une d&#233;rive, assez fr&#233;quente : un com&#233;dien tire &#224; soi le personnage plut&#244;t que d'aller vers celui-ci. Je dirais que c'est le personnage qui rev&#234;t alors le masque du com&#233;dien, et non l'inverse. Masque savamment &#233;tudi&#233; pour aller &#224; la rencontre des attentes d'un public d'aficionados. Et de personnage en personnage, de film en film, c'est toujours le m&#234;me masque du m&#234;me acteur que l'on d&#233;couvre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En cons&#233;quence, lorsque j'&#233;claire le personnage, j'&#233;claire aussi la personne du com&#233;dien, peu ou prou, parce qu'elle est tr&#232;s expos&#233;e et que cette personne m&#233;rite autant mon attention que le personnage. S'il y a contradiction entre ce qui convient au personnage et ce qui convient &#224; la personne du com&#233;dien, c'est qu'il y a &quot; miscasting &quot;, ou un profond malentendu quant au sens du film.
&lt;br /&gt;La pr&#233;pond&#233;rance de la r&#233;alit&#233; corporelle et physique dans la construction du personnage au cin&#233;ma est telle que, par rapport au th&#233;&#226;tre, le com&#233;dien jouant au cin&#233;ma n'a acc&#232;s qu'&#224; un registre de personnages beaucoup plus limit&#233;. Il doit compter aussi avec la photog&#233;nie, qu'il a ou qu'il n'a pas, et qui conditionne sa pr&#233;sence &#224; l'&#233;cran. &#199;a ne se construit pas, ou si peu.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est sans doute le maquillage qui est aujourd'hui la derni&#232;re trace &#233;vidente de la mat&#233;rialit&#233; du masque. D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, ce qui domine stylistiquement aujourd'hui, mis &#224; part la science-fiction, c'est la vraisemblance r&#233;aliste. On peut clairement identifier cependant une volont&#233; d'id&#233;alisation des visages de femmes assez syst&#233;matique dans le sens d'une id&#233;e de beaut&#233;, de s&#233;duction et de sensualit&#233;. Comme si fondamentalement un personnage de femme se devait de r&#233;pondre au d&#233;sir fantasm&#233; des hommes. En marge de cela, il est int&#233;ressant de constater qu'il y a beaucoup moins de r&#244;les f&#233;minins que masculins, et franchement peu de r&#244;les de femmes m&#251;res. C'est parce qu'il y a id&#233;alisation qu'il est plus ais&#233; de v&#233;rifier si cette id&#233;alisation se d&#233;cline selon des axes stylistiques diff&#233;rents. Il me semble pouvoir identifier quatre axes qui coexistent.
&lt;br /&gt;Le premier prolonge l'id&#233;e de masque telle qu'elle se pratiquait dans le th&#233;&#226;tre antique grec : un traitement du visage qui ne sert pas tant l'id&#233;e de ce personnage particulier mais plus l'id&#233;e d'un traitement embl&#233;matique d'un type de personnage &#224; port&#233;e universelle, souvent la femme fatale : Marl&#232;ne Dietrich, Greta Garbo, Rita Hayworth. Dans ses versions les plus radicales, en particulier dans le cas du couple Dietrich-von Sternberg, un travail tr&#232;s sophistiqu&#233; de la lumi&#232;re contribue tr&#232;s activement &#224; l'&#233;laboration de ce qui devient v&#233;ritablement un masque.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A l'oppos&#233; de cet axe, le r&#233;alisme radical du n&#233;o-r&#233;alisme propose des visages trait&#233;s &quot; comme dans la vie &quot; ou du moins c'est vers cela qu'on tend. Anna Magnani en est une des figures embl&#233;matiques. Cet axe se prolonge chez Bresson, Godard avec Jean Seeberg, Cassavetes, tant d'autres. Il est &#224; l'origine de la vraisemblance r&#233;aliste d'aujourd'hui, o&#249; ce qui prime est une v&#233;rit&#233; dramatique et psychologique individualis&#233;e. Dans ses versions les plus &#233;dulcor&#233;es, il gomme tout ce qui pourrait trop particulariser un visage, et tend &#224; ramener chaque visage au plus pr&#232;s des m&#234;mes standards de beaut&#233;. Dans ses versions les plus audacieuses, les standards sont heureusement bouscul&#233;s. C'est l&#224; notamment que la femme a le droit de vivre librement son corps, son visage, son &#226;ge.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un troisi&#232;me axe consiste fondamentalement &#224; masquer la r&#233;alit&#233; physique et biologique du visage, &#224; l'abstraire, le d&#233;sincarner. Un peu comme l'on proc&#233;dait vers les ann&#233;es 1920-1930 en adoptant ce que l'on appelait en France l'&#233;clairage am&#233;ricain, mais avec d'autres moyens. A l'&#233;poque, on tentait de ramener le volume du visage &#224; un aplat gr&#226;ce &#224; un gros projecteur &#224; la face qui gomme texture et morphologie des visages maquill&#233;s tr&#232;s clair, un projecteur en contre-jour. Aujourd'hui, le traitement du visage d'Audrey Tautou dans Am&#233;lie Poulain est comme un rappel de cet esth&#233;tique mais avec d'autres moyens : le visage est sans texture, comme liss&#233;, comme un visage de cire presque. R&#233;sultat obtenu au maquillage, &#224; la lumi&#232;re et gr&#226;ce au traitement num&#233;rique. On peut rapprocher cet axe de l'esth&#233;tique de la bande dessin&#233;e, en particulier des mangas, et bien s&#251;r des personnages de synth&#232;se num&#233;rique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le quatri&#232;me axe a pour principe le rejet de tout masque. Il r&#233;sulte de la volont&#233; des auteurs de ne plus envisager le personnage en termes de construction en collaboration avec le com&#233;dien, mais de chercher quelqu'un, pas n&#233;cessairement un com&#233;dien, qui &quot; est &quot; intrins&#232;quement le personnage. On peut m&#234;me construire le personnage &#224; partir de la personne que l'on a choisie, pour arriver &#224; une v&#233;rit&#233; &quot; sans fard &quot;. Et on lui fait jouer des situations proches de ce qu'elle a v&#233;cu ou de ce qu'elle pourrait vivre. Une technique de direction du jeu qui rel&#232;ve de la technique du psychodrame. On ne fait pas appel au talent, mais &#224; la r&#233;alit&#233; de la vie de la personne. C'est &#233;videmment un jeu tr&#232;s dangereux pour la personne. Et quand bien m&#234;me cela fonctionne parfois tr&#232;s fort, je ne peux m'emp&#234;cher d'&#233;prouver une g&#234;ne car mon plaisir vient de situations plus v&#233;cues que repr&#233;sent&#233;es, ce qui me met dans la position d'un voyeur. Dans son principe, cette d&#233;marche de r&#233;alisation est discutable car elle introduit dans la fiction des &#233;l&#233;ments qui n'appartiennent pas au monde de la fiction, mais &#224; celui du r&#233;el. Dans un tel syst&#232;me, le maquillage ne participe pas &#224; la construction du personnage d'une mani&#232;re active. Fondamentalement, comme il n'y a pas de construction du personnage, il faut juste obtenir de la personne qu'elle se livre en mettant bas le masque, bien s&#251;r.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il existe un registre filmique qui est comme un cas limite de ce type de d&#233;marche, et qui atteint l'abjection absolue : le &quot; snuff-movie &quot;. Le principe est simple : on ach&#232;te ou on enl&#232;ve des personnes (hommes, femmes, enfants), on leur fait subir mille s&#233;vices (viols, tortures, mise &#224; mort). Et on filme. Ce type de films, tr&#232;s marginaux en termes quantitatifs, ne m&#233;riterait pas d'&#234;tre mentionn&#233; ici, s'il ne pouvait appara&#238;tre comme l'&#233;cho d&#233;mesur&#233; de productions qui, elles, sont loin d'&#234;tre marginales : tous ces spectacles qui ont pour principe de base proposer des enjeux r&#233;els aux protagonistes, y compris dans leurs cons&#233;quences sur sc&#232;ne et dans leur vie. Le public tire son plaisir de la r&#233;alit&#233; des enjeux et de la r&#233;alit&#233; des souffrances &#233;ventuelles, physiques ou morales. Il s'agit bien s&#251;r des reality-shows sous toutes leurs formes y compris les spectacles sportifs t&#233;l&#233;vis&#233;s. C'est dans la mesure o&#249; ces spectacles drainent un public consid&#233;rable et sans cesse en augmentation, dans la mesure aussi o&#249; ils g&#233;n&#232;rent des b&#233;n&#233;fices appr&#233;ciables et sont pour beaucoup de media d'une importance vitale, que l'on peut se demander si ce type de spectacle n'est pas en train de devenir dominant. Si en cons&#233;quence, notre modernit&#233; n'est pas en train de vivre un gigantesque mouvement r&#233;gressif vers des formes de spectacles archa&#239;ques, ant&#233;rieures au th&#233;&#226;tre, plus proches des combats de gladiateurs, de la tauromachie, des choses de cet ordre. Des formes qui ne laissent pas de place &#224; la r&#233;flexion, au regard, au point de vue, &#224; la sensibilit&#233;, des formes qui ne permettent pas &#224; la khatarsis d'op&#233;rer, qui ne sont en rien un discours sur la r&#233;alit&#233; de la vie mais qui pr&#233;tendent &#234;tre la vie m&#234;me, rendue spectaculaire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce ne sont donc pas les sujets trait&#233;s par ces spectacles qui posent probl&#232;me mais la mani&#232;re dont ils sont trait&#233;s. L'&#233;rotisme, y compris dans ses aspects les plus d&#233;viants et pathologiques, m&#233;rite d'&#234;tre pris en consid&#233;ration. Les conflits priv&#233;s, les probl&#232;mes relationnels et amoureux, la comp&#233;tition sociale entre les individus et les groupes, la lutte pour la vie, les rapports &#224; la mort, tous ces sujets peuvent &#234;tre tr&#232;s bien trait&#233;s par les sciences humaines, le roman ou le cin&#233;ma par exemple mais ne peuvent que produire une relation perverse avec le public d&#232;s lors que la t&#233;l&#233; r&#233;alit&#233; s'en empare. La pratique du sport, c'est tr&#232;s honorable et b&#233;n&#233;fique. Et quand bien m&#234;me on pourrait lire les sports d'&#233;quipe comme des simulacres de la guerre, ceux-ci font sensiblement moins de d&#233;g&#226;ts. C'est d&#233;j&#224; pas mal. Mais projet&#233;s &#224; l'avant-sc&#232;ne par une &quot; surm&#233;diatisation &quot; spectaculaire, leurs enjeux apparents - les enjeux r&#233;els sont financiers - finissent par occulter (masquer) le r&#233;el. Ce genre de spectacle est &#224; l'oppos&#233; de toute pratique artistique qui participe, &#224; sa mani&#232;re, aux cot&#233;s de la philosophie, des religions, des sciences et de la pens&#233;e politique, &#224; cette volont&#233; d'&#233;clairer l'opacit&#233; du monde, &#224; faire sens. Mais ces spectacles ont en commun avec le cin&#233;ma la constitution d'un espace sc&#233;nique, l'image anim&#233;e, le d&#233;coupage du temps et de l'espace, la mise en sc&#232;ne, la dramatisation et souvent une forme de &quot; sc&#233;narisation &quot;. Si bien qu'aux yeux du public, l'un peut valoir l'autre. Et pourquoi pas, l'un d&#233;teindre sur l'autre. Alors, le cin&#233;ma ne r&#233;pondrait plus qu'&#224; la qu&#234;te effr&#233;n&#233;e, de la part du public, de sensations toujours plus fortes qui ne mettent en mouvement que les pulsions, le &#199;a, en ne lui proposant plus que des simulacres de r&#233;alit&#233;, voire du r&#233;el film&#233; sans point de vue.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le cin&#233;ma cesserait alors d'&#234;tre de la fiction, d'appartenir au domaine de l'Art.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>D&#233;velopper la rubrique &quot; remue-m&#233;ninges &quot; </title>
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		<dc:date>2004-06-30T23:25:02Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Charlie Van Damme</dc:creator>

<category domain="http://afcinema.com/-Remue-meninges-.html">Remue-m&#233;ninges</category>

		<dc:subject>134</dc:subject>
		<dc:subject>Van Damme, AFC</dc:subject>

		<description>Voil&#224; le projet que nous avons concoct&#233;, Jean-Jacques Bouhon, Jean-No&#235;l Ferragut et moi : faire vraiment vivre cette rubrique, &#224; la fois sur papier et sur le site de l'AFC.
A l'origine, il y avait ce pamphlet, &lt;i&gt;Envisager le cin&#233;ma autrement&lt;/i&gt;, par lequel je pr&#233;tendais lancer un mouvement de r&#233;flexion qui devait d&#233;passer les consid&#233;rations sectorielles, strictement structurelles ou techniques, universitaires ou critiques.

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&lt;a href="http://afcinema.com/-Remue-meninges-.html" rel="directory"&gt;Remue-m&#233;ninges&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://afcinema.com/+-134-+.html" rel="tag"&gt;134&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://afcinema.com/+-Van-Damme-+.html" rel="tag"&gt;Van Damme, AFC&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Voil&#224; le projet que nous avons concoct&#233;, Jean-Jacques Bouhon, Jean-No&#235;l Ferragut et moi : faire vraiment vivre cette rubrique, &#224; la fois sur papier et sur le site de l'AFC.
A l'origine, il y avait ce pamphlet, &lt;i&gt;Envisager le cin&#233;ma autrement&lt;/i&gt;, par lequel je pr&#233;tendais lancer un mouvement de r&#233;flexion qui devait d&#233;passer les consid&#233;rations sectorielles, strictement structurelles ou techniques, universitaires ou critiques. Ni plus, ni moins. Pour alimenter la machine &#224; penser et peser sur l'action avec plus d'efficacit&#233;. Ni plus, ni moins. Ce papier a &#233;t&#233; plut&#244;t bien accueilli, mais il n'a pas v&#233;ritablement d&#233;bouch&#233; sur de l'action... sauf &#224; l'AFC ! De fait, depuis quelques mois, la rubrique est aliment&#233;e par des papiers pas si mal que &#231;a.
&lt;br /&gt;L'id&#233;e est donc la suivante :
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://afcinema.com/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-cebf5.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; Poursuivre la rubrique papier, l'alimenter par des textes et r&#233;flexions, perso ou pas, sans chercher &#224; coller &#224; l'actualit&#233; (&#233;chapper &#224; la &#171; Tyrannie de l'urgence &#187; pour citer Zaki La&#239;di). Des textes qui prennent un minimum de recul pour tenter d'approfondir la reflexion.
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://afcinema.com/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-cebf5.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; Lui donner, sur le site de l'AFC, une forte lisibilit&#233; (sorte de sous-site). En faire un forum ouvert, bien structur&#233;, fonctionnant aussi comme une biblioth&#232;que, une banque de donn&#233;es, susceptibles d'int&#233;resser tout un chacun (les directeurs de la photo, les r&#233;alisateurs, les monteurs, les &#233;tudiants, la presse sp&#233;cialis&#233;e... les quidams).
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://afcinema.com/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-cebf5.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; Cr&#233;er, lorsque le site est &#224; peu pr&#232;s au point, un petit effet d'annonce aupr&#232;s des autres organisations professionnelles, la presse sp&#233;cialis&#233;e, des personnalit&#233;s de tout horizon. Insister sur le fait que ce lien est ouvert.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour que cela fonctionne, et en particulier pour &#233;viter des probl&#232;mes d'encombrement (un tas de papiers sans grand int&#233;r&#234;t ou hors sujet), il faudra n&#233;cessairement qu'il y ait une sorte de comit&#233; de r&#233;daction (3-4 personnes, pas n&#233;cessairement membres de l'AFC, comme par exemple Priska Morrisey). Il faudra aussi trier, cataloguer, dater, cr&#233;er des sous-rubriques peut-&#234;tre. Ne pas censurer, bien s&#251;r, accepter les opinions ou les questionnements les plus divers. Faire attention &#224; ne pas faire doublon avec ce qui se fait tr&#232;s bien ailleurs.
&lt;br /&gt;Tout texte devrait &#234;tre t&#233;l&#233;chargeable et libre de droits. Sans doute faudra-t-il imaginer un syst&#232;me de double acc&#232;s pour &#233;viter d'&#234;tre submerg&#233; et, probablement, un moteur de recherche.
&lt;br /&gt;En marge ce serait bien qu'il y ait aussi une rubrique purement technique.
Voil&#224; en gros et dans un premier temps.
&lt;br /&gt;C'est ambitieux certainement. Mais ce ne serait pas mal que l'AFC soit &#224; l'origine d'un lien de ce type - les autres organisations ont d'autres chats &#224; fouetter, j'en suis conscient, press&#233;es qu'elles sont d'agir dans le court terme. Et ce serait pas mal qu'&#224; la longue &#231;a nous &#233;chappe un peu, ce qui serait la preuve de la n&#233;cessit&#233; d'un lien de ce type.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Encore un texte autour du num&#233;rique ! </title>
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		<dc:date>2004-05-31T23:25:02Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Charlie Van Damme</dc:creator>

<category domain="http://afcinema.com/-Remue-meninges-.html">Remue-m&#233;ninges</category>

		<dc:subject>133</dc:subject>
		<dc:subject>Van Damme, AFC</dc:subject>

		<description>Encore un texte autour du num&#233;rique ! Oui, mais pas comme d'hab. Il fait &#233;cho &#224; &quot; Lib&#233;rons Les Ecrans &quot;, aux pr&#233;occupations des soci&#233;t&#233;s d'auteurs &#224; propos de leurs droits, de la notion m&#234;me d'&#339;uvre, de l'identit&#233; entre original et copie. Surtout, il avance l'hypoth&#232;se d'une &#233;conomie de la gratuit&#233; ! &#199;a pose au moins une question : la fabrication ne sera jamais gratuite, alors, qui payera ? La pub, comme &#224; la t&#233;l&#233;, avec les r&#233;sultats qualitatifs que l'on sait ? Ou les instances politiques, avec les effets que (...)

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&lt;a href="http://afcinema.com/+-Van-Damme-+.html" rel="tag"&gt;Van Damme, AFC&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Encore un texte autour du num&#233;rique ! Oui, mais pas comme d'hab. Il fait &#233;cho &#224; &quot; Lib&#233;rons Les Ecrans &quot;, aux pr&#233;occupations des soci&#233;t&#233;s d'auteurs &#224; propos de leurs droits, de la notion m&#234;me d'&#339;uvre, de l'identit&#233; entre original et copie. Surtout, il avance l'hypoth&#232;se d'une &#233;conomie de la gratuit&#233; !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#199;a pose au moins une question : la fabrication ne sera jamais gratuite, alors, qui payera ? La pub, comme &#224; la t&#233;l&#233;, avec les r&#233;sultats qualitatifs que l'on sait ? Ou les instances politiques, avec les effets que l'on a d&#233;j&#224; connus ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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