Bâtiment 5

Après l’histoire incroyable des Misérables, un premier film auquel personne ne croyait au départ puis Prix du jury à cannes, nommé aux Oscars et Deux millions de spectateurs…
Malgré de nombreuses sollicitations internationales, Ladj a encore beaucoup de choses à raconter sur son quartier. Pour ce film, il souhaitait parler du problème de logement. Problème qu’il connait très bien puisqu’il s’est fait expulsé du bâtiment 5 de Clichy-sous-Bois il y a quelques années.

Ladj Ly et Julien Poupard
Ladj Ly et Julien Poupard


Repérages
Lors des premiers repérages, je retrouve des décors que je connais bien. Les mêmes décors en pire… Rien n’a changé. On découvre un bâtiment à moitié calciné, on se dit que les gens ont quitté le bâtiment et à ce moment une tête d’enfant sort par la fenêtre…
Bâtiment 5 sera un film qui parle de politique, ce qui était le hors-champ des Misérables deviendra le sujet du film.

Lors de ces repérages, on croise Siaka. C’est l’ami d’enfance de Ladj, et le pilier du quartier. Il connait tout le monde, rend des services, met en relation les gens et gère les problèmes des habitants… C’est une vrai star. Un jour je lui dis : « Siaka, c’est toi le maire de Clichy-sous-Bois en fait ». Il me répond : « Oui, tout le monde me dit ça mais moi ça ne m’intéresse pas la politique… ». Le film prend sens pour moi, c est quoi faire de la politique aujourd’hui ?
Ladj veut parler de cette nouvelle génération de gens issus des quartiers qui commencent à s’intéresser à la politique mais qui ne se retrouvent pas dans le paysage politique actuel.

Mise en scène
Avec Ladj, on décide de s’affranchir de la forme des Misérables, on oublie la caméra épaule. On raconte une autre histoire.
Puisque ce film-là est plus politique, on imagine renforcer ce propos en l’intégrant dans la forme, dans la manière de filmer les espaces, que ce soient les cages d’escalier des bâtiments ou les couloirs d’une mairie, parce qu’il fallait qu’on y ressente ce qu’ils disent de l’époque et de ses rapports de force.
Rapidement, on a l’intuition de filmer en longue focale. Le rendu sera donc très different de la caméra épaule des Misérables. Ça nous oblige a poser un pied et mettre davantage en scène, en tout cas à penser la mise en scène en amont. Mais on veut aussi garder une grande liberté et pouvoir jouer avec le réel, l’imprévu.
Du coup, on pense à tourner la majeure partie du film avec un zoom permettant d’avoir de longues focales. Ce qui nous permet toujours de filmer sans prévenir, d’aller chercher des actions à côté.

Ladj trouve le scénario bavard et il veut ajouter du mouvement à toutes scènes de discussion : le Steadicam devient notre stylo préféré. Construction de plans séquences chorégraphiés mais garder aussi une spontanéité et une discrétion. L’opérateur Steadicam Thomas Burgess – déjà présent sur Les Misérables – l’a parfaitement compris. Pierre Maillis-Laval, précieux allié, s’occupe de la caméra B avec l’énergie qui le caractérise.

Construction du look
Ladj veut une image plus froide que sur Les Misérables, et il veut que l’on ressente la dureté de l’hiver en banlieue.
Et pour que l’image ne soit pas manichéenne, on imagine des intérieurs chaud et lumineux.
On a envie de raconter que, malgré une architecture triste et sans vie, à l’intérieur, c’est chaleureux, l’humain reprend le dessus, les gens se débrouillent pour recréer de la vie.

Essai #1
Dans les décors
On filme en Alexa 35 et en 35 mm avec sans blanchiment négatif
Le 35 mm sans blanchiment est trop dur, l’image est en sens unique, trop simpliste. Il faut de la couleur pour complexifier l’image. Je cherche donc une sorte de sans blanchiment avec des trouées de couleur…

Essai #2
Cette fois, j’utilise un appareil photo Fuji comme outil de recherche. Avec une LUT Fujichrome bleach.
J’amène des photos retouchées sur Lightroom. On les copie précisément mais ça ne marche pas. C’est un rendu photographique mais pas cinématographique.
Du coup on s’écarte de la référence et on cherche l’image du film.
Pour toutes ces recherches, je suis entouré par Yov Moor, Mathieu Leclerc et Olivier Patron.
Baselight nous met à disposition leur nouvel version de logiciel avec l’outil de Look Dev appelé maintenant "Chromagène". L’outil est vraiment intéressant, on arrive à trouver un dosage de sans blanchiment et de couleur qui nous plait et avec la finesse des outils Baselight. Les peaux noires deviennent notre étalon et on essaye d’y retrouver de la couleur.

Essai #3
Essais maquillage et costumes.
Avec les comédiens dans le décor de la mairie. On en profite pour tourner une scène improvisée avec Alexis Manenti au marché de Noël devant la mairie.


Tournage
Le bâtiment dans lequel nous tournons va être démoli prochainement. Le bâtiment est déserté ce qui est une aubaine pour nous. Par contre, c’est un travail conséquent en lumière. Comme Ladj tient beaucoup au côté documentaire, c’est à dire à une sorte de témoignage du réel, on repère avec Julien Gallois, chef électricien, d’autres bâtiments et on s’inspire de ce que l’on voit pour recréer des lumières différentes à chaque étage.
Julien devra aussi réparer tous les lampadaires à l’extérieur du bâtiment. Mais là encore, hors de question de les changer, on les répare et on garde leurs imperfections (ampoules qui pendent, battements…)

La scène de délogement est la scène clef du film. On décide de la filmer dans la chronologie. On commence avec le point de vue des CRS puis on bascule dans le point de vue des habitants. On reste avec eux pour ressentir avec eux la violence de cet acte. Ensuite, on retrouve nos personnages. Tout ça est filmé à l’épaule ou au Steadicam, on est dans l’intime. Enfin, on suit un habitant qui jette un matelas par-dessus la fenêtre et à l’aide d’une grue on découvre, vue d’en haut cette fois, la panique de tous ces habitants. Après le microcosme, le macrocosme. Plan grue simple, qui permet de constater la panique.


Pas si simple à mettre en place, vu le terrain accidenté et la hauteur de la fenêtre. Robin Gaillard, le chef machiniste a utilisé une SuperTechno 75. Avec Robin, on a longuement cherché le bon mouvement à l’aide de mon drone en prépa. Très pratique pour préciser le mouvement de la grue.

Je tiens à remercier Ladj pour sa confiance. Quelle chance de pouvoir poursuivre cette belle collaboration ensemble.

  • Bande annonce officielle :

    https://youtu.be/CqgWljmZluA?si=dfx3yQsSqzYQPlc5

Portfolio

Équipe

Cadreur Camera B : Pierre Maillis-Laval
Opérateur Steadicam : Thomas Burgess
1er assistant caméra A : Maxime Gerigny
1er assistant caméra B : Raphaël Palin Sainte Agath
2e assistante caméra : Lola Pion
3e assistante caméra : Céline Deniard
3e assistante caméra : Anaëlle Guillerme
DIT : Olivier Patron
Chef électricien : Julien Gallois
Chef machiniste : Robin Gaillard
Etalonneur : Yov Moor

Technique

Matériel caméra : RVZ Caméra (Arri Alexa 35, série Leica et zoom Angénieux Optimo 24-290 mm)
Matériels lumière et machinerie : TSF Lumière et TSF Grip
DIT : Be4Post
Drone : Full Motion
Laboratoire : M141

synopsis

Haby, jeune femme très impliquée dans la vie de sa commune, découvre le nouveau plan de réaménagement du quartier dans lequel elle a grandi. Mené en catimini par Pierre Forges, un jeune pédiatre propulsé maire, il prévoit la démolition de l’immeuble où Haby a grandi. Avec les siens, elle se lance dans un bras de fer contre la municipalité et ses grandes ambitions pour empêcher la destruction du bâtiment 5.